© INTERNEForte de ses récentes victoires, peut-être la Maison Blanche n'a-t-elle pas envisagé la possibilité d'échouer au Proche-Orient. Pourtant, depuis la publication de la "feuille de route", les derniers développements n'incitent guère à l'optimisme. Certes, le Premier ministre israélien doit recevoir son homologue palestinien samedi soir à la fin du shabbat dans sa résidence de Jérusalem. Le climat promet néanmoins d'être tendu.
Ariel Sharon et ses proches ont en effet multiplié les objections et les exigences ces derniers jours, tandis que Mahmoud Abbas entend amener les Israéliens à faire montre de plus d'engagement. D'une part, il semble que, après avoir publiquement fait preuve de souplesse sur la question des colonies, les Israéliens ont délibérement choisi de durcir le ton. Si ce n'est pas un refus du dialogue, c'est au moins une manière de prendre la pose avant d'entamer des discussions plus profondes.
Des amendements
Ainsi Ariel Sharon a-t-il réaffirmé que des Juifs continueraient quoi qu'il arrive à vivre sous souveraineté israélienne dans les colonies de Shilo ou de Beit El. Et son ministre de la Défense Shaul Mofaz de surenchérir en déclarant que la "feuille de route" était "mauvaise pour Israël dans sa forme actuelle" et qu'il la considérait simplement comme "un cadre pour le dialogue".
Au-delà du fait que ces postures ont "déçu" la Maison Blanche, l'idée pour les Israéliens est d'apporter des amendements au document mis au point par les Américains et les Européens, avec l'appui des Russes et de l'ONU. Ce sont d'ailleurs ces modifications qu'Ariel Sharon présentera personnellement au président américain à la Maison Blanche, où il doit se rendre au lendemain de sa rencontre avec Mahmoud Abbas.
Ne rien faire
De son côté, le cabinet Abbas est pris en tenaille entre un Yasser Arafat jaloux de ses prérogatives et des groupes terroristes décidés à ne pas se laisser désarmer. Le Premier ministre palestinien entend donc exiger qu'Israël accepte formellement la "feuille de route" avant qu'il n'engage une action ferme contre le terrorisme. Afin d'être mieux entendu, il se fera accompagner chez Ariel Sharon par son ministre de la Sécurité intérieure Mohammed Dahlan et par le président du parlement Ahmed Qoreï, deux anciens d'Oslo, qui ont à ce titre gagné la confiance des services de sécurité israéliens.
Face à cet écheveau politique, le plus simple reste de ne rien faire. Du reste, Yasser Arafat le sait bien, qui a affirmé jeudi qu'aucune "paix n'est possible sans un retrait complet d'Israël des terres palestiniennes et arabes occupées depuis le 4 juin 1967 et le démantèlement de toutes les colonies". Dans un discours particulièrement violent, retransmis à la télévision à l'occasion de la commémoration de la "Nakba", la "Catastrophe" qu'a été selon les Palestiniens la création d'Israël, Yasser Arafat a appelé "la nation arabe à rester unie et à se préparer à récupérer sa terre et à assurer la protection de ses Lieux saints", tout en qualifiant ce jour anniversaire de "jour maudit où Israël a été créé", par "la force des armes et d'une conspiration impérialiste". Un ton qui, comme celui d'Ariel Sharon, n'a guère le parfum de la conciliation.
Saëb Erekat claque la porte |
Signe du climat chaotique qui prévaut au sein de l'Autorité palestinienne, le ministre chargé des négociations, Saëb Erekat, a donné sa démission au Premier ministre Mahmoud Abbas. Même si aucun responsable palestinien n'a souhaité faire de commentaire sur le mouvement de colère de ce diplomate chevronné, qui a participé à toutes les négociations avec Israël depuis une dizaine d'années, il est probable que Saëb Erekat a voulu protesté contre le fait qu'il n'était pas inclus dans la délégation qui rencontrera Ariel Sharon samedi soir. Manifestement, il n'était pas non plus satisfait par la manière dont le nouveau gouvernement palestinien mène les négociations avec l'Etat d'Israël. En outre, habitué à critiquer les "hommes de Tunis" dont ferait partie Mahmoud Abbas, ainsi que la corruption et le népotisme à l'œuvre au sein de l'Autorité autonome, il avait déjà eu maille à partir avec Yasser Arafat après les négociations de Wye River, alors que Benyamin Netanyahou était Premier ministre d'Israël. L.V. |
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