© INTERNEDe nombreuses zones d'ombre subsistent après l'arraisonnement par les forces spéciales grecques d'un cargo transportant 680 tonnes d'explosif et du matériel de mise à feu à destination du Soudan, dimanche soir en mer Ionienne. Le gouvernement grec maintient mardi ses soupçons, jugeant qu'une telle quantité ne pouvait pas être destinée à une société privée pour un usage civil. "Nous enquêtons pour savoir qui était derrière le destinataire et même dans le cas où il s'agirait d'une société normale, cette quantité est incroyablement importante, qu'en ferait-elle?", a déclaré le ministre de la marine marchande Georges Anoméritis sur la radio d'informations Flash.
Les autorités soudanaises ont pourtant affirmé mardi que les produits explosifs saisis par la Grèce étaient destinés à un "usage civil" et exprimé leur "irritation" à l'égard d'Athènes. Le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl a affirmé que le navire transportait du nitrate d'ammonium qui devait être utilisé "à des fins civiles évidentes". Le nitrate d'ammonium est un engrais chimique qui peut être utilisé dans la fabrication de bombes artisanales très destructrices.
Des informations en provenance de l'étrangerLe gouvernement grec avait reçu il y a cinq jours d'un service de renseignement étranger des informations sur le Baltic Sky, appartenant à la compagnie Alpha shipping Inc. enregistrée aux îles Marshall et battant pavillon comorien. Une fois croisées avec les informations du gouvernement d'Athènes, la décision a été prise.
Pris d'assaut par une équipe d'élite de la marine grecque au large des côtes de l'Aitolo-Acarnani, un département de l'ouest du pays, le cargo "plein à craquer" a été escorté par des patrouilleurs dans le petit port de Platy-Yali, près d'Astakos, où il est actuellement à l'ancre sous surveillance. Cinq Ukrainiens, dont le commandant du navire, et deux marins azerbaïdjanais ont été arrêtés et inculpés de "transport et possession d'explosifs pour le compte de tiers en vue d'activités illégales". Le propriétaire, Alpha Shipping Inc., en revanche, a été inculpé pour "instigation du crime".
Plus que le stock de l'armée grecque
Un important responsable de la police avait très vite indiqué que le volume des explosifs saisis équivaut aux stocks d'explosifs de l'armée grecque, l'ampleur du chargement laissant en outre penser qu'il pourrait s'agir d'une livraison à destination d'un Etat.
De fait, d'après les premiers éléments de l'enquête communiqués par le ministre grec de la Marine marchance, le navire contenait 680 tonnes d'explosifs, du TNT principalement, soit "l'équivalent d'une bombe atomique", ainsi que 8.000 détonateurs. Selon un document distribué par le ministère, établi à partir des documents de bord, les détonateurs portaient la mention suivante en français : "Détonateur court retard TIGE 3,5 M" numérotés de 6 à 11.
De la Tunisie au Soudan |
Le Baltic Sky se rendait vers Khartoum, capitale du Soudan, et sa cargaison était destinée à une société fantôme. Le nom de la société destinataire était la compagnie Integrated chemicals and development, qui avait pour seule adresse une simple boîte postale, et qui, selon les premiers éléments de l'enquête "n'existe pas". Le navire était arrivé le 12 mai au port de Gabès, en Tunisie, en provenance d'Albanie d'où il était parti le 27 avril. Il s'est ensuite rendu dans les Dardanelles le 21 mai puis est arrivé à Istanbul le 22 avant de repasser le détroit le 2 juin. L'errance du navire, a indiqué le ministre, s'explique peut-être par le fait que l'équipage a compris en cours de voyage que la société destinataire n'existait pas et a donc cherché à trouver un autre destinataire pour se débarrasser des explosifs. Le Soudan figure sur la liste du département d'Etat américain des pays soutenant le terrorisme, même si en mai dernier le département d'Etat a estimé que Khartoum faisait des progrès afin de ne plus en faire partie. |
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