Continuité, contiguïté… Ambiguïté ?

Par Léonard VINCENT, le 04 juin 2003 à 18h17 , mis à jour le 05 juin 2003 à 10h00

L'utilisation du terme "contiguïté territoriale" pour la future Palestine par Ariel Sharon et George W. Bush a soulevé nombre de questions. Terme volontairement ambigu, il ne préjuge pas des frontières du futur Etat voisin d'Israël.

Photo AFP © INTERNE

A peine le président américain était-il descendu de la tribune où il venait de prononcer son discours de Charm el-Cheikh que son porte-parole Ari Fleischer a convoqué les journalistes. Il s'agissait de rattraper une erreur qui, depuis, fait marcher bien des matières grises. Pour la première fois de son mandat, George W. Bush fixait en effet comme objectif à Israël de "s'assurer qu'il y a un territoire continu que les Palestiniens peuvent appeler leur patrie". Or, halte ! "Il a dit 'continu' mais voulait dire 'contigu'", a sèchement corrigé Ari Fleischer, soulignant que la transcription du sommet tiendrait compte de cette nuance.

Maximiser la contiguïté

Or, où retrouve-t-on ce terme "contiguïté" ? Dans la "feuille de route" bien sûr, texte autour duquel tournent toutes les conversations ces derniers temps. Dans la deuxième de ses trois parties, plus exactement, où le processus de paix prévoit "la création d'un Etat palestinien aux frontières provisoires" et stipule qu'il faudra "maximiser la contiguïté territoriale", notamment par des mesures "relatives aux colonies de peuplement". De fait, afin de s'engager d'un bon pas sur la "feuille de route", Ariel Sharon s'est engagé à démanteler quelques colonies isolées de Cisjordanie, ouvrant de nouvelles mais maigres perspectives aux futures négociations.

Ce n'est donc pas un hasard si, au sommet d'Aqaba, Ariel Sharon a repris ce terme précis. "Nous pouvons réaffirmer à nos partenaires palestiniens, est-il écrit dans son discours, que nous comprenons l'importance de la contiguïté territoriale en Cisjordanie pour un Etat palestinien viable. La politique d'Israël concernant les territoires en négociation directe avec les Palestiniens reflèteront ce fait". Mais à l'évidence, Ariel Sharon ne voulait pas dire que la future Palestine serait voisine d'Israël, comme le suggère littéralement le terme "contigu". Enfoncer des portes ouvertes n'est pas son habitude.

Fragmentation minimale

En fin de compte, Ariel Sharon semblait signifier que, s'il refuse une continuité territoriale homogène, il s'engage à réduire la fragmentation de la future Palestine. Mais au-delà des suppositions, sans doute l'utilisation de ce terme par les Américains et les Israéliens est-il révélateur d'au moins une chose : il a été choisi sciemment, après un commun accord. Ariel Sharon envisage depuis longtemps la création d'un territoire souverain qui pourra se nommer Palestine, dont les entités de Cisjordanie seraient reliées par des ponts et des tunnels. Est-ce cela qu'Ariel Sharon veut dire lorsqu'il ajoute "viable" au bout de sa phrase ? Sans doute, dans la mesure où dans on esprit une telle solution permettrait à un Palestinien d'aller de Jénine à Hébron sans passer par Israël. Mais rien de plus.

Continuité, contiguïté ? Ambiguïté…. En conférence de presse, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, lui, a été clair. "Contiguïté territoriale" signifie selon lui un territoire qui ne soit pas "découpé de tant de manières qu'il ressemblerait à une sorte de bantoustan". Et si la contiguïté était une quasi-continuité ?

Par Léonard VINCENT le 04 juin 2003 à 18:17
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