© INTERNELa junte militaire birmane aurait cherché à faire assassiner Aung San Suu Kyi. Pour brutal qu'il soit, c'est l'avis de plusieurs ONG réunies au sein d'une coalition
(1) présentée vendredi dans les locaux de la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH). Insistant sur le mystère entourant le sort du Prix Nobel de la Paix 1991, le directeur de la FIDH Antoine Bernard a convoqué la presse dans l'urgence dans ses locaux de Paris, afin d'exprimer sa "très profonde indignation" et lancer "un cri d'alarme".Massacre sur la route
Tout a débuté le 30 mai dernier, alors que le convoi d'Aung San Suu Kyi, en tournée politique depuis quelques semaines, circulait sur la route entre Budalin et Dapayin, dans le nord reculé du pays. Arrivé dans la localité de Yawayoo, la dizaine de voitures de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) s'est trouvée face à une impressionnante foule hostile, qui l'a attaquée à coups de pierre et a lynché les partisans de l'opposition sortis défendre leurs dirigeants.
Annie Faure, chargée de mission pour la Birmanie à la FIDH, raconte que la junte aurait libéré et payé des prisonniers de droit commun contre une promesse d'amnistie, avec pour mot d'ordre de "casser" les opposants. Bilan du "massacre" estimé par l'opposition sur la foi de témoignages directs : près de 80 morts, plus d'une centaine de blessés et 150 disparus. Plus ahurissant encore : les militaires auraient ensuite fait exécuter ses nervis, dans le cadre d'une terrifiante "chasse aux témoins" qui menacent désormais tous ceux qui pourraient dire la vérité, insiste Annie Faure.
Car la version officielle est, de l'aveu d'un diplomate ayant assisté au briefing organisé par la junte, "pathétique". Selon les militaires, des habitants d'une localité se seraient plaints des klaxons du convoi et auraient agressé spontanément les partisans de la LND. L'incident ne serait donc qu'un banal "incident de circulation" entre villageois et opposants, que les forces de sécurité aurait dû séparer, les heurts ne faisant officiellement que quatre morts.
"Sous la protection des autorités"
Il reste que, depuis ce 30 mai, plus personne n'a de nouvelles d'Aung San Suu Kyi, apparemment blessée, et de ses partisans, tous ramenés de force à Rangoon par les militaires. Tout juste sait-on qu'elle serait détenue au secret à Insein, vaste prison de macabre réputation, dans les faubourgs de la capitale. Officiellement, les autorités disent avoir placé l'opposante sous leur "protection" pour lui assurer "l'attention requise". "Personnellement, je n'aimerais pas faire l'objet de l'attention de la junte birmane", ironise Francis Perrin, secrétaire national d'Amnesty-France, pour expliquer que, sachant ce que l'on sait des méthodes orwelliennes qui prévalent au Myanmar-Birmanie, on peut légitimement craindre pour Aung San Suu Kyi et ses amis.
"Tant que la junte ne nous aura pas montré son visage, explique de son côté le président d'Info-Birmanie Farid Ghehioueche, on peut légitimement penser au pire." Les ONG en appellent donc à tous — politiques, citoyens et journalistes — pour attirer l'attention sur une "militante extraordinaire de la lutte pour la liberté", selon les mots d'Antoine Bernard. Un certain nombre d'actions sont prévues dans les prochains jours. Des pétitions circulent. Des appels aux parlementaires sont passés. "Il serait temps que le président Jacques Chirac, comme George W. Bush a eu le courage de le faire, se prononce publiquement pour demander la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers d'opinion", s'insurge Annie Faure.
Meurtre avec préméditation
Car pour cette pneumologue, ancienne des missions de Médecins du Monde, la situation est claire. "C'est une tentative d'assassinat préméditée par une junte qui ne craint plus rien de personne !" lance-t-elle, sous le regard approbateur des responsables d'ONG présents. Avant d'expliquer que, depuis l'apparente ouverture négociée par l'ONU l'année dernière, les dirigeants militaires ont été "dépassés" par la popularité d'Aung San Suu Kyi, alors qu'ils pensaient avoir, en dix ans, appuyé l'éteignoir suffisamment fort sur les démocrates pour être assurés d'avoir étouffé toute contestation.
(1) : La "coalition" d'ONG pour "la libération immédiate et inconditionnelle d'Aung San Suu Kyi et ses partisans" est, pour l'heure, composée de : la FIDH, la Ligue des droits de l'Homme, Amnesty international, la Fondation France-Libertés, l'association Info-Birmanie, la Fédération internationale d'action des Chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat).
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