Prologue pour la paix à Charm el-Cheikh

Par Léonard VINCENT, le 02 juin 2003 à 17h29 , mis à jour le 03 juin 2003 à 14h18

Le sommet réunissant George W. Bush et plusieurs dirigeants du monde arabe, dont Mahmoud Abbas, s'est ouvert. Il devrait servir à préparer le sommet israélo-palestinien d'Aqaba, le lendemain.

Photo : Nicholas KAMM (AFP) © INTERNE

La dernière fois qu'Israéliens et Palestiniens se sont réunis à Charm el-Cheikh, c'était en octobre 2000, un mois après l'embrasement brutal de l'Intifada al-Aqsa. Ce sommet dit "de la dernière chance" avait été arraché de haut lutte au Premier ministre israélien d'alors, Ehud Barak, par le président américain Bill Clinton. Il en était sorti dans la douleur une déclaration d'intentions plutôt sèche, ainsi que la création de la Commission Mitchell chargée de déterminer l'origine des violences qui venaient de déchirer dans le sang les partenaires du processus d'Oslo.

Cette fois, c'est un sommet arabo-américain qui s'est ouvert ce mardi dans la station balnéaire égyptienne. Il doit servir de prélude à un sommet israélo-palestinien qui se tiendra le lendemain à Aqaba, en Jordanie, sommet qui sera par ailleurs le premier à ce niveau depuis la séance de Charm el-Cheikh, version 2000.

Expliquer la position palestinienne

Qui vient ?

Le sommet regroupera le président américain George W. Bush et son chef de la diplomatie Colin Powell, le président égyptien Hosni Moubarak, le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas (Abou Mazen), le prince héritier saoudien Abdallah, le roi de Jordanie Abdallah II, le roi de Bahrein Hamad Ben Issa et un représentant du Maroc. La Syrie et le Liban ont décidé de boycotter les rencontres.

Officiellement, il s'agit pour les Américains de demander aux Etats arabes prêts à faire la paix avec Israël d'accepter formellement la "feuille de route". Mais pour sa première visite au Proche-Orient, le président américain George W. Bush s'attend surtout à écouter un monde arabe plutôt amer envers son administration et dubitatif sur les intentions d'Israël. Les relations américano-arabes ont en effet pâti de la politique anti-terroriste de Washington, à tel point que George W. Bush a demandé "des conseils" à Jacques Chirac malgré leur brouille. A ses yeux, sans doute les relations privilégiées qu'entretient le président français avec les Etats arabes — et notamment la Syrie, qui boycotte le sommet — devraient-elle lui permettre de gérer avec efficacité son débarquement spectaculaire sur la scène proche-orientale.

Du reste, les Palestiniens ne cachent pas leurs intentions. Pour le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Chaath, "la réunion de Charm el-Cheikh sera le moyen d'expliquer clairement à M. Bush la position palestinienne pour préparer le sommet d'Aqaba".

Prises en compte ou non ?

L'un des points à l'ordre du jour concerne d'ailleurs les désormais célèbres "14 réserves" secrètes que le gouvernment Sharon a formulé à propos du plan de paix international. Si les Israéliens assurent que la Maison Blanche aurait promis de les "prendre en compte" lors de l'application du processus de paix, les Palestiniens affirment que leur consultation avec les tuteurs du projet (ONU, Russie, Europe, Etats-Unis) indiquent que ceux-ci n'ont jamais fait une telle promesse. Mahmoud Abbas, sans doute soutenu par les dirigeants arabes présents, entend donc affirmer qu'à ses yeux, la "feuille de route" doit être acceptée en l'état.

Comme promis, Israël libère des prisonniers

L'armée israélienne a commencé à libérer mardi une centaine de détenus palestiniens, dans le cadre d'une série de mesures d'allègement promises la semaine dernière. Par ailleurs, le doyen des détenus palestiniens Ahmed Jbarra (Abou Soukkar), 69 ans, sera libéré mardi et reconduit en Cisjordanie. Ce membre du Fatah avait été condamné en 1976 à la prison à vie pour un attentat à Jérusalem-ouest. La veille, Israël a libéré Tayssir Khaled, membre du Comité exécutif de l'OLP et du bureau politique du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), emprisonné par Israël depuis six mois. Le commandant de la région centre d'Israël, qui couvre la Cisjordanie, a signé quant à lui un ordre d'élargissement pour les détenus administratifs enfermés dans les centres de détention militaires d'Ofer en Cisjordanie et de Ketziot dans le sud d'Israël. Près de 1.200 Palestiniens sont actuellement incarcérés par l'armée israélienne sous le coup d'un arrêt administratif. Ces arrêts, signés par le commandement militaire, permettent d'enfermer sans procès des suspects pour des périodes renouvelables de trois à six mois. Lors d'une rencontre jeudi dernier avec son homologue palestinien Mahmoud Abbas à Jérusalem, le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait promis ces libérations.

Par Léonard VINCENT le 02 juin 2003 à 17:29
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