Vers un couloir de la mort à Guantanamo

Par Léonard VINCENT, le 16 juin 2003 à 17h06 , mis à jour le 17 juin 2003 à 15h56

Malgré les protestations, l'armée américaine envisage de bâtir une prison permanente et une chambre d'exécution au camp de détention de Guantanamo Bay. Interrogés par tf1.fr, les défenseurs des droits de l'Homme expriment leur dégoût.

Photo : Peter MUHLY (AFP) © INTERNE

Bientôt, les prisonniers du camp X-Ray à Guantanamo Bay pourraient être jugés, condamnés et exécutés sans quitter les frontières de la petite enclave militaire américaine de l'île de Cuba. Certes, ce n'est qu'un "projet", affirmait la semaine dernière le major Geoffrey Miller, officier en charge des 680 détenus enfermés à Guantanamo. "Nous nous préparons afin de ne pas commencer de zéro lorsque les premiers procès débuteront", développait-il encore, alors que le sort de ces hommes a fini par soulever le cœur d'une communauté internationale pourtant peu encline à froisser les Etats-Unis.

Que fait la communauté internationale ?

"Cette annonce est certes dégoûtante et choquante, mais ce n'est pas une surprise, explique à tf1.fr Rob Freer, chercheur d'Amnesty international à Londres. L'administration américaine a déjà donné le droit à ses forces armées de détenir ces hommes indéfiniment, sans procès, sans avocat, sans accès à leur dossier, et ce face à une relative timidité internationale." Il y a quelques mois, une rapide joute de tribunal avait d'ailleurs entériné ce refus américain de considérer les hommes de Guantanamo comme des "prisonniers de guerre". Pour l'administration Bush, ces hommes, dont le plus jeune est âgé de 13 ans, sont des "combattants illégaux". En conséquence, selon les règles en vigueur au Pentagone, ils seront jugés par la justice militaire et pourront être condamnés à mort.

Chez Human Rights Watch, une importante ONG de New York, le ton est tout aussi indigné, mais également vindicatif envers la communauté internationale. "Depuis le début, nous savons que la peine de mort est une option pour les prisonniers de Guantanamo, s'irrite auprès de tf1.fr Jamie Fellner, directrice du programme Etats-Unis de HRW. Pourquoi les pays notoirement opposés à la peine capitale, notamment l'Union européenne, ne font-ils pas davantage pression sur l'administration Bush ?"

Plusieurs chancelleries ont protesté contre la détention de certains de leurs ressortissants. Le Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire, saisi par le Barreau de Paris, a déclaré contraire au droit international la détention de trois Français et d'un Espagnol. Même l'allié britannique, par la voix de son chef de la diplomatie, a appelé la semaine dernière les Etats-Unis à mettre fin à la "situation anormale" des prisonniers de Guantanamo. Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a écrit à son homologue du Pentagone Donald Rumsfeld pour lui dire que cette politique endommageait la réputation américaine auprès de ses "alliés clés" et, par là, déstabilisait la sécurité internationale. Pour l'heure, le Pentagone ne répond pas. "Ce silence est assez paradoxal, insiste Rob Freer, pour un pays qui se dit si attaché aux droits de l'Homme et à la liberté."

Un procureur et un avocat

Les projets américains avancent.  Une équipe de cinq personnes travaille sur le sujet dans le cabinet de Donald Rumsfeld. Le Pentagone a déjà nommé un colonel de l'US Army procureur général et un colonel de l'US Air Force avocat de la défense. Après avoir établi une liste de 18 crimes de guerre et de terrorisme susceptibles d'être avancés lors des procès du camp X-Ray, l'état-major a rédigé des règles de fonctionnement d'un futur tribunal.

Par Léonard VINCENT le 16 juin 2003 à 17:06
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