Comment la libération d'Ingrid Betancourt a échoué

Par L.V., le 25 juillet 2003 à 00h00 , mis à jour le 26 juillet 2003 à 22h09

Alors que la guérilla marxiste des FARC semblait sur le point de libérer la femme politique franco-colombienne, rien ne s'est passé. "Le Monde" révèle qu'une équipe de la DGSE avait été dépêchée sur place.

betancourt vidéo otage © INTERNE

L'histoire de la libération manquée d'Ingrid Betancourt commence dans les premières jours de juillet, à Bogota. Un paysan mandaté par les FARC téléphone à la sœur de l'ancienne candidate écologiste à la présidence de la Colombie, otage franco-colombienne de la guérilla marxiste depuis février 2002. Rendez-vous est pris le 5 juillet à Leticia, sur l'Amazone, à mille kilomètres de Bogota. Conformément aux demandes des rebelles, Astrid est accompagnée par le prêtre de la ville, le père Gonzalo. Sur place, deux représentants des FARC les envoient le 9 juillet en aval du fleuve, à sept heures de bateau.

Les dénégations de l'ex-mari d'Ingrid Betancourt

Fabrice Delloye, l'ex-époux d'Ingrid Betancourt, a catégoriquement réfuté samedi des suppositions selon lesquelles la France aurait monté une opération pour libérer l'ex-candidate à la présidence colombienne, otage de la guérilla depuis plus d'un an. "Ce ne sont pas quelques personnes armées qui vont pouvoir libérer Ingrid face à une des meilleures guérillas du monde", a-t-il déclaré. "Nous avons simplement demandé à la France la possibilité d'avoir un avion qui pourrait emmener Ingrid vers la France", au cas où elle aurait été libérée, a-t-il ajouté. Fabrice Delloye a expliqué que cette demande avait été faite après qu'Astrid, la sœur d'Ingrid Betancourt, eut reçu des informations selon lesquelles la guérilla était disposée à libérer son otage.

Tous deux attendent neuf jours. Ils se montrent en ville, afin d'être identifiés par les hommes des FARC. En vain. Ni Ingrid Betancourt ni sa directrice de campagne Clara Rojas ne sont libérées. La sœur de l'otage et le prêtre sont repartis à Leticia. "Je regardais souvent l'Amazone, raconte Astrid Betancourt. Je me disais, en regardant les sauts des dauphins roses, que soudain j'allais apercevoir sur un bateau le visage d'Ingrid et que j'allais en mourir d'émotion."

Assistance médicale et trafic d'armes

Quelque chose a fait échouer la libération. Un hebdomadaire brésilien a affirmé que c'était une opération secrète des autorités françaises. Menée à l'insu des autorités brésiliennes, celle-ci aurait impliqué onze Français, tous munis de passeports diplomatiques, débarqués le 9 juillet sur un aéroport civil de Manaus, la grande ville brésilienne de l'Amazonie, dans un Hercules-130. Parmi eux aurait figuré Pierre-Henri Guignard, chef adjoint du cabinet de Dominique de Villepin. Les membres du commando, invoquant l'immunité diplomatique, auraient refusé l'accès de l'avion à la police fédérale brésilienne qui souhaitait vérifier le contenu des soutes.

Selon Carta Capital, des "sources haut placées" mais non précisées sont convaincues que l'avion transportait des armes. Quoi qu'il en soit, l'opération ne s'est finalement pas faite. L'avion a quitté le Brésil le 13 juillet à "'l'invitation" de Brasilia.

Mais ce n'est pas l'avis de Paris et encore moins celui d'Astrid Betancourt. Alors que la rumeur dit qu'Ingrid est malade, sa sœur a expliqué qu'elle avait appelé l'ambassade de France en Colombie avant de quitter Leticia, pour que Paris fournisse, le cas échéant, une assistance médicale. Ayant eu personnellement en ligne Dominique de Villepin, Astrid a appris que la France dépêchait à Manaus un avion médicalisé, transportant des médecins et leur équipe. Si Ingrid était libérée, Astrid et elle devaient rejoindre un village de la jungle amazonienne, être prise en charge par un petit avion et ramenées, dans l'Hercules C-130, à Bogota.

Ni négociations secrètes, ni trafic d'armes, ni GIGN donc, selon cette version. "Je ne sais pas qui a eu intérêt à nourrir une telle rumeur, s'irritait Astrid dans Le Parisien de jeudi, mais ce n'est pas un ami de la France."

Pataquès à Paris

Or, vendredi, Le Monde révélait qu'outre une équipe médicale de l'armée française, l'équipage de l'Hercules C-130 comportait "plusieurs agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)", non-armés. Selon le quotidien citant des responsables du ministère de la Défense, il s'agissait d'une "équipe de protection" disposant "d'équipements de communication ultrasophistiqués pour leur permettre d'évoluer dans la jungle". L'opération aurait été commanditée "dans l'urgence" par Dominique de Villepin en personne, qui n'aurait informé ni le ministre de l'Intérieur qui s'apprêtait à s'envoler pour la Colombie, ni l'Elysée.

Toutefois, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin affirmait dans la foulée de la publication de l'enquête, depuis le Maroc, que la décision d'envoyer un "avion militaire médicalisé" à Manaus "a été prise en toute transparence entre les différentes autorités de l'Etat au plus haut niveau". Selon la porte-parole de l'Elysée, le président Jacques Chirac, lui, avait donné son "accord de principe à l'envoi d'un avion médicaliséà la demande de la famille d'Ingrid Betancourt".

Par L.V. le 25 juillet 2003 à 00:00
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