© INTERNELe Nigeria s'est longtemps voulu le grand frère de l'Afrique noire anglophone. Ainsi, le "géant" a-t-il poussé en 1990 à la création d'une force africaine d'interposition pour le Liberia, l'Ecomog, afin, officiellement, de s'affranchir de la dépendance de l'ONU. Un général nigerian conservera le commandement de l'Ecomog jusqu'à son évacuation en 1998.
Mais cette volonté d'apparaître comme un "faiseur de paix", pour paradoxal que cela puisse paraître de la part d'un pays aussi troublé, cachait d'autres intentions. Il s'agissait d'abord de préserver la paix dans son "arrière-cour", de limiter la casse pour les investissements de son élite à Monrovia et de conserver un allié dans la zone dollar. Aujourd'hui, cette solidarité se manifeste par l'asile offert par Olusegun Obansanjo à son "grand ami" Charles Taylor.
Le Burkina-Faso, lui, s'est vite retiré de cette zone de conflit. Pourtant, avant son accession au pouvoir, Ouagadougou avait offert à Charles Taylor un havre pour son exil. Et lorsque le "Warlord" était rentré au pays pour prendre le pouvoir, il était encadré par une garde prétorienne burkinabaise. Pourquoi une telle attention ? Derrière ce soutien offert par Blaise Compaoré, certains ont vu la main de la "Françafrique". D'autres, celle de la Libye.
La Côte d'Ivoire, de même, a été un allié de circonstances, avant de devenir un farouche adversaire. Il faut dire que l'amitié ivoiro-liberienne tenait surtout au mépris que l'ancien président Houphouët-Boigny vouait à son homologue Samuel Doe, que Charles Taylor a destitué. Mais enfin, des années durant, l'aide que la Côte d'Ivoire a apporté au Liberia se limitait à quelques violations de l'embargo sur les armes, à la grande colère de l'Ecomog.
Mais les troubles qui ont suivi le coup d'Etat de décembre 1999, puis le soulèvement militaire de 2002 dans lequel le Liberia a entretenu des mercenaires, ont eu raison de cette entente cordiale. Désormais, ce sont les rebelles du MODEL qui ont les faveurs d'Abidjan. Après la déchéance des hommes du général putschiste Robert Gueï, Monrovia a en effet perdu un ami fidèle. Son fief des "18 Montagnes" n'était-il pas frontalier du Liberia ?
La Sierra Leone, de son côté, ne pardonnera jamais à Charles Taylor d'avoir aidé les rebelles "coupeurs de bras" du RUF lors de la guerre civile qui l'a meurtrie jusqu'en 2000. Afin de renflouer ses caisses, le Liberia a abreuvé le seigneur de la guerre Foday Sankoh, aujourd'hui au fond d'une geôle de l'ONU, en armes en tous genres en échange de brassées de diamants. De fait, c'est depuis Freetown qu'une inculpation et un mandat d'arrêt a été lancé contre Charles Taylor, au nom de la justice internationale.
La Guinée, toutefois, apparaît comme l'ennemi principal de Charles Taylor. Après avoir absordé sur son territoire des centaines de milliers de réfugiés de la guerre civile, le pays du président Lansana Conté a subi les débordements des combats interlibériens en septembre 2001. Les deux pays, dirigés par deux hommes qui se détestent, ont alors frôlé l'état de guerre durant de longues semaines. Soutenue par les Etats-Unis au point d'en émouvoir l'ONG Human Rights Watch, la Guinée est aujourd'hui, avec la Sierra Leone, la base arrière des rebelles et le point de crispation de l'hostilité à Charles Taylor.
Le LURD, principal mouvement rebelle, cristallisse aujourd'hui tous ces intérêts cachés et ces recherches d'équilibre. Fédération d'opposants de longue date à Charles Taylor, cet ensemble politico-militaire rassemble les "exclus de la paix", principalement issus des ethnies Krahn et Mandingue. Coaché et financé par la diaspora liberienne aux Etats-Unis, le mouvement n'avait qu'un organigramme flou et aucun leader incontesté jusqu'à l'élection début 2002 de Sékou Damate Conneh, un ancien fonctionnaire de 42 ans reconverti dans l'import-export de voitures. L'homme, pour modéré qu'il puisse apparaître, est surtout l'homme de la Guinée. Sa femme Ayesha dispose d'ailleurs d'une luxueuse villa à Conakry et porte le titre de "conseillère spirituelle" du président Lansana Conté.
Sierra Leone : l'ancien président libérien Charles Taylor condamné
Reconnu coupable jeudi de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre entre 1996 et 2002 par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), l'ancien président du Liberia est le premier ex-chef d'Etat condamné par la justice internationale depuis Nuremberg.
Publié le 26/04/2012
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