Lockerbie : la France menace de mettre son veto

Par Matthieu DURAND, le 15 août 2003 à 10h34 , mis à jour le 15 août 2003 à 21h19

La France menace de mettre son veto à une résolution de l'Onu levant les sanctions contre la Libye. Paris veut renégocier avec Tripoli l'indemnisation des victimes de l'attentat contre le vol de l'UTA en 1989. Colère des Américains et des Britanniques.

onu irak conseil de sécurité se sépare sans résolution © INTERNE

Sauf retard dû à la panne d’électricité qui paralysait les services de l’ONU en fin de semaine, la Libye étaient sur le point vendredi de reconnaître par lettre envoyée à l’ONU sa responsabilité dans l'attentat de Lockerbie de 1988 et d’indiquer le montant des indemnités qu’elle verserait aux les familles des 270 victimes du crash du vol de la PanAm. Tripoli allait donner instruction à sa banque centrale de verser 2,7 milliards de dollars aux proches. En échange, une résolution de l'ONU devrait lever les sanctions contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Mais la France menace de faire jouer son droit de veto si la Libye n'accepte pas d'augmenter les indemnités aux familles des victimes d'un autre attentat, qui a visé en 1989 un avion de la compagnie française UTA. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, en aurait fait part mercredi par téléphone à ses homologues américain, Colin Powell, et britannique, Jack Straw, selon des responsables américains.

"On a mieux négocié"

La conversation entre les ministres français et britannique aurait été particulièrement houleuse. A Colin Powell qui l'a incité à ne pas prendre une décision qui pourrait endommager les négociations avec la Libye, Dominique de Villepin a demandé un délai supplémentaire dans le but de renégocier l'accord entre Tripoli et Paris.

Les autorités françaises "essayent d'avoir un meilleur accord pour leurs ressortissants en punissant les familles des victimes du vol PanAm et c'est absolument honteux", a déclaré un responsable américain sous couvert d'anonymat. "Ils tiennent l'accord sur Lockerbie en otage", a-t-il précisé. "Ce n'est rien d'autre que de la rancœur", a estimé une autre source américaine. "On a mieux négocié et ils ne sont pas contents : ce n'est pas notre faute si les Français laissent les gens se faire avoir".

"Pression et chantage"

Quant à la Libye, elle mène des contacts avec la France pour "vaincre les réticences françaises" et "résorber une crise possible" entre les deux pays, selon l'ambassadeur de Libye à Londres, Mohammad Al-Zouaï. Moins amène, le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdel Rahmane Chalgham, a déclaré vendredi à N'Djamena (Tchad) :"La France essaie d'exercer une politique de pression et de chantage et nous n'accepterons jamais cela".

Dans une déclaration jeudi à RFI, Guillaume de Saint-Marc, porte-parole du collectif des familles des victimes de l'attentat contre UTA a indiqué être en négociation directe avec la Libye pour obtenir une indemnisation comparable à celle obtenue par les familles des victimes de l'attentat de Lockerbie.

Par Matthieu DURAND le 15 août 2003 à 10:34
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