© INTERNEAhmed Qoreï succèdera donc à Mahmoud Abbas. Le président palestinien Yasser Arafat a annoncé au comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) que le président du parlement et vétéran du Fatah avait accepté de prendre en charge le prochain gouvernement de l'Autorité autonome. Ce dernier n'entendait toutefois pas donner immédiatement de réponse officielle à l'offre de Yasser Arafat car il a demandé des garanties internationales.
Il l'avait fait savoir dans la matinée depuis son bureau d'Abou Dis, un faubourg de Jérusalem-Est : avant d'accepter le poste de Premier ministre de l'Autorité palestinienne, Ahmed Qoreï voulait évaluer les chances de parvenir à la paix avec Israël. S'il estimait que de telles chances étaient inexistantes, il avait annoncé qu'il refuserait d'endosser la fonction qui a laminé son vieux partenaire Mahmoud Abbas, poussé dehors par l'irrédentisme du président Arafat et des groupes islamistes armés.
Ainsi, si les Américains, les Européens, et, partant, le "Quartette" USA-UE-ONU-Russie à l'origine de la "feuille de route" lui assuraient leur soutien, l'actuel président du parlement palestinien formerait un gouvernement dans les cinq semaines à venir. Dans la journée de lundi, l'Union européenne avait assuré qu'elle "ferait tout son possible pour le soutenir et l'aider". Israël, de son côté, avait fait savoir qu'il ne soutiendrait pas Ahmed Qoreï s'il ne combattait pas le terrorisme. Dans l'entourage d'Ariel Sharon, on indiquait par ailleurs peu avant sa nomination officielle qu'Israël continuerait les assassinats ciblés d'extrémistes palestiniens jusqu'à ce que les Palestiniens agissent contre eux.
Une des figures d'Oslo
Ces dernières semaines, celui qui a renoncé il y a des années à son nom de guerre "Abou Ala" avait expliqué à des diplomates américains et européens qu'il devait être appelé à remplacer "Abou Mazen" afin de débloquer la situation. Arafat et Abbas en étaient arrivés à un tel point de non-retour qu'ils ne s'adressaient plus la parole et que les militants du Fatah stigmatisaient désormais publiquement le Premier ministre et son ministre de la Sécurité Mohammed Dahlan, en qui ils voyaient des traîtres.
Agé de 65 ans, Ahmed Qoreï, vétéran de l'OLP, dispose, lui, de la confiance du président Arafat, après avoir dirigé l'essentiel des accords d'Oslo et des délégations politiques en contact avec Israël dans les années 90.
Pas d'avancée avec Arafat
Pour les Israéliens, toutefois, la prise de pouvoir d'Ahmed Qoreï ne changera rien. D'ailleurs, selon la radio Galeï Tsahal, le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom pense qu'elle "ne permettra pas la moindre avancée pour le processus de paix tant qu'Arafat continuera à tirer les ficelles". Ce proche d'Ariel Sharon joint désormais sa voix à celle de l'ancien chef d'état-major Shaoul Mofaz, aujourd'hui ministre de la Défense, pour évoquer publiquement l'idée d'une expulsion hors du Proche-Orient de Yasser Arafat, définitivement "hors jeu" aux yeux de l'Etat hébreu et des Etats-Unis. D'ailleurs, Ahmed Qoreï avait immédiatement appelé lundi matin Israël a "changer la façon dont il traite le président palestinien élu".
Une idée dans l'air toutefois rejetée par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell dimanche, pour qui une telle initiative ne ferait que compliquer la situation. Du reste, le Premier ministre israélien Ariel Sharon, toujours sensible aux pressions américaines, n'envisage toujours pas de signer cet ordre, même si Silvan Shalom a évoqué une prochaine "réunion stratégique" consacrée au sujet.
Photo : Ahmed Qoreï (à g.) et Yasser Arafat (à dr.) – AFP
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