© INTERNE"Yasser Arafat est un obstacle absolu à tout processus de réconciliation entre Israël et les Palestiniens. Israël s'emploiera à se débarrasser de cet obstacle de la façon et au moment de son choix." Ces deux phrases, formulant un accord de principe pour l'expulsion du président palestinien hors du territoire compris entre la Méditerranée et le Jourdain, ont été publiées par les onze membres du cabinet de sécurité israélien réunis sous la présidence d'Ariel Sharon, jeudi soir.
Le seul ministre à avoir voté contre cette décision est le centriste du Shinouï Avraham Poraz, qui détient le portefeuille de l'Intérieur. De son côté, le ministre de la Défense Shaoul Mofaz doit encore se rendre aux Etats-Unis dans les semaines qui viennent, afin de présenter à la Maison Blanche les différentes options retenues par ses services.
"Personne ne me chassera"
Entendues davantage comme un feu vert donné à l'armée pour élaborer un plan de neutralisation de Yasser Arafat au moment opportun que comme un ordre immédiat, ces deux phrases ont immédiatement provoqué la réaction du raïs, retranché à Ramallah. Dans la matinée, une unité de l'armée avait d'ores et déjà pris le contrôle du dernier étage du ministère de la Culture, un bâtiment faisant face à la Mouqata'a, en guise de "message" à Yasser Arafat, avaient fait savoir les Forces de défense israéliennes.
Sorti, en uniforme, sur le parvis du complexe présidentiel de Ramallah à moitié démoli, le président de l'Autorité palestinienne a exhorté des milliers de ses partisans à la résistance. "Personne ne me chassera", a-t-il insisté. "Vous êtes un peuple brave, le peuple que j'aime. Abou Amar reste ici !", a-t-il lancé à travers un mégaphone, en utilisant son nom de guerre. "Vous êtes ceux qui sont capables de répondre à cette menace israélienne", a-t-il continué, avant de réciter un passage du Coran et d'ajouter : "Nous sommes sur une terre sacrée et nous protègerons les lieux saints chrétiens et musulmans. Nous envoyons un message aux détenus, aux prisonniers : tous ensemble jusqu'à Jérusalem", un slogan dont il ponctue ses discours fréquemment depuis plusieurs dizaines d'années. La foule a enfin repris la scansion, tandis que Yasser Arafat les encourageait : "A Jérusalem ! A Jérusalem !"
Dans la nuit, des milliers de Palestiniens ont investi les rues de la bande de Gaza et de Ramallah. Certains, masqués, tiraient des balles traçantes vers le ciel, tandis que la radio diffusait en direct un flot de coups de téléphone de soutien.
Concert de mises en garde
Au sein de la communauté internationale, la menace a été prise au sérieux. Le nouveau Premier ministre palestinien Ahmed Qoreï s'est interrogé sur l'opportunité, pour lui, de constituer un gouvernement dans ce climat. Dès avant la décision du cabinet de sécurité, le président Hosni Moubarak avait estimé qu'une expulsion du leader palestinien serait "une monumentale erreur" pouvant "conduire à une situation très dangereuse".
Le Haut représentant européen pour la politique étrangère Javier Solana a très vite exprimé sa "vive inquiétude", tandis que les Etats-Unis réaffirmait qu'à leurs yeux "cela n'aiderait pas et n'était pas la solution". La diplomatie russe a, elle, estimé qu'un exil du raïs palestinien serait une "sérieuse erreur politique". La Ligue arabe a mis en garde contre les "conséquences désastreuses" qu'une telle initiative pourrait avoir, peu avant que la Chine exhorte Israël à la "prudence". Le président français Jacques Chirac a enfin rappelé que Yasser Arafat était "le représentant légitime de l'Autorité palestinienne" et que ce serait "une grave erreur de chercher à l'éliminer du champ politique".
Les "Brigades" menacent les Israéliens "sans distinction" |
Les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, un groupe armé lié au Fatah de Yasser Arafat, ont menacé vendredi de "frapper partout" en Israël si l'Etat hébreu bannissait le dirigeant Yasser Arafat, dans un communiqué reçu par l'Agence France Presse. "Nous proclamons à haute voix que si cette décision est mise à exécution, nous allons nous en prendre à tout Israël et frapper partout sans exception. Il n'y aura pas de ligne rouge et nous ne ferons pas la distinction entre grands et petits", affirme le communiqué de ce groupe. "Nous disons au criminel Sharon que ton peuple va payer cher car il y aura une vague de kamikazes qui fera exploser tout être vivant en Israël", ajoute le communiqué. |
Photo : Yasser Arafat exhortant ses partisans, jeudi soir à Ramallah (LCI)
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