Comme si c'était la paix

Par Léonard VINCENT, le 14 octobre 2003 à 00h00 , mis à jour le 14 octobre 2003 à 17h38

Un protocole d'accord de paix entre la gauche israélienne et les Palestiniens a été finalisé dimanche en Jordanie, après avoir été négocié à Genève. Décrié par la droite, il devrait être signé le 4 novembre prochain, jour anniversaire de la mort d'Yitzhak Rabin.

Photo : Toru YAMANAKA (AFP) © INTERNE

Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo ont travaillé en Suisse, loin de la terreur et du fracas de leur pays natal. Durant plusieurs mois, dans un hôtel de Genève, les deux négociateurs et leurs équipes ont laborieusement élaboré un projet d'accord de paix entre Israéliens et Palestiniens. Aussitôt conspué par la droite au pouvoir, le texte élaboré par l'ancien ministre de la Justice d'Ehud Barak et l'ancien ministre de l'Information de Yasser Arafat (photo) trace une ligne de partage plus claire que tous les accords conclus par les peuples frères et néanmoins ennemis de la région.

D'importantes concessions ont été consenties (lire ci-dessous). Conçu comme une continuation des pourparlers de Camp David et Taba, basé sur le compromis des "Paramètres Clinton", l'accord de Genève n'est pourtant pas un accord secret, ni le premier du genre. Le professeur palestinien Sari Nusseibeh, ancien responsable de la question de Jérusalem à l'OLP, et le général Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Beth, avaient publié au printemps dernier une "initiative" en six points, destinée à guider de futures négociations finales grâce à une "déclaration de principes" sur tous les dossiers en souffrance. Beilin et Abed Rabbo, eux, sont entrés dans le détail.

Signature symbolique à Genève

En réalité, leurs accords, négociés pendant deux ans, ne sortent pas de nulle part. L'année dernière, les deux hommes avaient hésité à publier leur texte, à l'aube des élections générales de janvier. Le ministre palestinien estimait alors qu'une telle publication "révèlerait s'il est possible d'élaborer un plan de paix réaliste et pragmatique et s'il est possible de convaincre l'opinion publique israélienne que le chemin de la paix est encore ouvert". Mais Yossi Beilin avait alors douté de la possibilité d'obtenir un texte final avant les élections, étant donné la complexité du dossier du "droit au retour", qui constitue selon lui "la ligne rouge du camp de la paix".

Désormais, pourtant, c'est chose faite. Dimanche, dans une station balnéaire de Jordanie, une cinquantaine d'intellectuels, de pacifistes et d'hommes politiques juifs et arabes ont finalisé ce pacte symbolique, avant que les initiateurs du projet ne lancent une vaste campagne de promotion du plan. Tous les Israéliens devraient même recevoir le texte du projet par courrier. Désormais connu sous le nom de "Geneva Understandings", ce "pacte de paix" devrait être officiellement signé et publié le 4 novembre prochain, jour anniversaire de la mort d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien assassiné qui sert encore de modèle aux colombes du Proche-Orient.

Colère à droite

Cette initiative a pourtant suscité les doutes de quelques ténors de la gauche, notamment de l'ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak, qui l'a qualifié de "fictif et quelque peu singulier". Le bureau du chef de Shimon Peres, quant à lui, s'est tout juste félicité "de tout dialogue entre Israéliens et Palestiniens". A droite, en revanche, le ton était à la franche irritation. "De quel droit, ces gens de gauche se permettent-ils de proposer des compromis qu'Israël n'a pas l'intention d'accepter et n'acceptera jamais", s'est insurgé Ariel Sharon. Son chef de la diplomatie, Sylvan Shalom, a martelé qu'"il y a un gouvernement en Israël" et que "c'est à lui qu'il appartient de traiter de ces affaires".

Principaux points de l'accord Beilin-Abed Rabbo
Texte non officiel. Source : Ha'aretz. Traduction tf1.fr

  • Les Palestiniens renoncent au droit au retour. Certains réfugiés restent dans les pays où ils habitent, certains sont intégrés par l'Autorité palestinienne, certains sont intégrés par d'autres pays, certains reçoivent une compensation financière. Un nombre limité est autorisé à s'installer en Israël, mais cela n'est pas défini comme une réalisation du droit au retour.
  • Les Palestiniens reconnaissent Israël comme l'Etat du peuple juif.
  • Israël se retire sur les frontières de 1967, sauf pour certains échanges territoriaux décrits ci-dessous.
  • Jérusalem est divisée, les quartiers arabes de Jérusalem-Est étant intégrés dans l'Etat palestinien. Les quartiers juifs de Jérusalem-Est, ainsi que les villes cisjordaniennes de Givat Ze'ev, Ma'aleh Adoumim, la partie historique du Bloc Etzion — mais pas Efrat — font partie d'Israël.
  • Le Mont du Temple-Esplanade des Mosquées est palestinien, mais une force internationale garantit le libre accès pour les visiteurs de toutes les confessions. Toutefois, ni les prières juives, ni les fouilles archéologiques ne sont autorisées sur le Mont. Le Mur occidental reste sous souveraineté juive et le Bassin sacré [Cimetière juif du Mont des Oliviers, Ville de David et vallée de Kivron, NDLR] est placé sous supervision internationale.
  • Les implantations d'Ariel, Efrat et Har Homa font partie de l'Etat palestinien. De plus, Israël transfère aux Palestiniens des parties du Néguev adjacentes à la bande de Gaza, à l'exclusion d'Haloutza, en échange des parties de la Cisjordanie qu'il reçoit.
  • Les Palestiniens s'engagent à prévenir les actes de terrorisme, ainsi que l'incitation à la violence, et désarment toutes les milices. Leur Etat est démilitarisé et les passages de frontières sont supervisés par une force internationale, et non israélienne.
  • L'accord annule et remplace toutes les résolutions de l'ONU, ainsi que les accords précédents.

Membres de la délégation israélienne (non exhaustif) : Yossi Beilin, député, ancien ministre travailliste de la Justice, désormais inscrit au parti Meretz. Haim Oron, député du Meretz. Amram Mitzna, ancien général, député travailliste, candidat travailliste au poste de Premier ministre en janvier 2003. Avraham Burg, député travailliste, ancien président de la Knesset. Nehama Cohen, ancien député travaillliste. Le général de briagde Giora Inbar. Yossi Sarid, député du Meretz. Amnon Lipkin-Shahak, ancien général, ancien député travailliste. L'écrivain Amos Oz.

Membres de la délégation palestinienne (non exhaustif) : Yasser Abed Rabbo, ancien ministre de l'Information. Kadoura Fares, député du Fatah. Hicham Abdel Razek, ancien ministre chargé des prisonniers. Nabil Qassis, ancien ministre du Plan. Muhammad Hourani, député du Fatah.

Par Léonard VINCENT le 14 octobre 2003 à 00:00
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