© INTERNEYossi Beilin et Yasser Abed Rabbo ont travaillé en Suisse, loin de la terreur et du fracas de leur pays natal. Durant plusieurs mois, dans un hôtel de Genève, les deux négociateurs et leurs équipes ont laborieusement élaboré un projet d'accord de paix entre Israéliens et Palestiniens. Aussitôt conspué par la droite au pouvoir, le texte élaboré par l'ancien ministre de la Justice d'Ehud Barak et l'ancien ministre de l'Information de Yasser Arafat
(photo) trace une ligne de partage plus claire que tous les accords conclus par les peuples frères et néanmoins ennemis de la région.D'importantes concessions ont été consenties
(lire ci-dessous). Conçu comme une continuation des pourparlers de Camp David et Taba, basé sur le compromis des "Paramètres Clinton", l'accord de Genève n'est pourtant pas un accord secret, ni le premier du genre. Le professeur palestinien Sari Nusseibeh, ancien responsable de la question de Jérusalem à l'OLP, et le général Ami Ayalon, ancien directeur du Shin Beth, avaient publié au printemps dernier une "initiative" en six points, destinée à guider de futures négociations finales grâce à une "déclaration de principes" sur tous les dossiers en souffrance. Beilin et Abed Rabbo, eux, sont entrés dans le détail.Signature symbolique à Genève
En réalité, leurs accords, négociés pendant deux ans, ne sortent pas de nulle part. L'année dernière, les deux hommes avaient hésité à publier leur texte, à l'aube des élections générales de janvier. Le ministre palestinien estimait alors qu'une telle publication "révèlerait s'il est possible d'élaborer un plan de paix réaliste et pragmatique et s'il est possible de convaincre l'opinion publique israélienne que le chemin de la paix est encore ouvert". Mais Yossi Beilin avait alors douté de la possibilité d'obtenir un texte final avant les élections, étant donné la complexité du dossier du "droit au retour", qui constitue selon lui "la ligne rouge du camp de la paix".
Désormais, pourtant, c'est chose faite. Dimanche, dans une station balnéaire de Jordanie, une cinquantaine d'intellectuels, de pacifistes et d'hommes politiques juifs et arabes ont finalisé ce pacte symbolique, avant que les initiateurs du projet ne lancent une vaste campagne de promotion du plan. Tous les Israéliens devraient même recevoir le texte du projet par courrier. Désormais connu sous le nom de "Geneva Understandings", ce "pacte de paix" devrait être officiellement signé et publié le 4 novembre prochain, jour anniversaire de la mort d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien assassiné qui sert encore de modèle aux colombes du Proche-Orient.
Colère à droite
Cette initiative a pourtant suscité les doutes de quelques ténors de la gauche, notamment de l'ancien Premier ministre travailliste Ehud Barak, qui l'a qualifié de "fictif et quelque peu singulier". Le bureau du chef de Shimon Peres, quant à lui, s'est tout juste félicité "de tout dialogue entre Israéliens et Palestiniens". A droite, en revanche, le ton était à la franche irritation. "De quel droit, ces gens de gauche se permettent-ils de proposer des compromis qu'Israël n'a pas l'intention d'accepter et n'acceptera jamais", s'est insurgé Ariel Sharon. Son chef de la diplomatie, Sylvan Shalom, a martelé qu'"il y a un gouvernement en Israël" et que "c'est à lui qu'il appartient de traiter de ces affaires".
Principaux points de l'accord Beilin-Abed Rabbo |
Membres de la délégation israélienne (non exhaustif) : Yossi Beilin, député, ancien ministre travailliste de la Justice, désormais inscrit au parti Meretz. Haim Oron, député du Meretz. Amram Mitzna, ancien général, député travailliste, candidat travailliste au poste de Premier ministre en janvier 2003. Avraham Burg, député travailliste, ancien président de la Knesset. Nehama Cohen, ancien député travaillliste. Le général de briagde Giora Inbar. Yossi Sarid, député du Meretz. Amnon Lipkin-Shahak, ancien général, ancien député travailliste. L'écrivain Amos Oz. Membres de la délégation palestinienne (non exhaustif) : Yasser Abed Rabbo, ancien ministre de l'Information. Kadoura Fares, député du Fatah. Hicham Abdel Razek, ancien ministre chargé des prisonniers. Nabil Qassis, ancien ministre du Plan. Muhammad Hourani, député du Fatah. |
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