Shirin Ebadi prix Nobel de la Paix

Par AFP, le 10 octobre 2003 à 00h00 , mis à jour le 10 octobre 2003 à 15h23

L'avocate iranienne Shirin Ebadi a reçu le prix Nobel de la Paix 2003. Militante du droit des femmes, elle est la première musulmane à être distinguée dans l'histoire de la prestigieuse récompense.

Photo : Atta KENARE (AFP) © INTERNE

Le prix Nobel de la paix 2003 a été attribué vendredi à Oslo à la militante iranienne des droits de l'Homme Shirin Ebadi, première musulmane à être distinguée dans l'histoire plus que centenaire de la prestigieuse récompense. La distinction a été attribuée à cette femme de 56 ans "pour ses efforts en faveur de la démocratie et des droits de l'Homme", a fait valoir le comité Nobel dans ses attendus.

En 1974, Shirin Ebadi a été la première femme à devenir juge en Iran sous le règne du chah, mais elle a dû quitter son poste après la révolution islamique de 1979, les imams ayant décrété que les femmes étaient trop émotives pour diriger un tribunal. Elle oeuvre depuis pour la défense des droits des femmes et des enfants dans une société musulmane ultra-conservatrice, et fournit une aide juridique aux personnes persécutées en dépit des menaces dont elle a souvent fait l'objet.

22 jours de prison

Titulaire d'une maîtrise en droit de l'université de Téhéran, elle a embrassé la carrière d'avocate dans laquelle elle a accepté des dossiers éminemment délicats. Elle a en particulier enquêté sur une série de meurtres d'intellectuels et d'opposants en 1998 et 1999 et représenté les intérêts des familles des opposants libéraux Darioush et Parvaneh Foruhar, également assassinés.

Elle a été emprisonnée pendant 22 jours il y a trois ans, sous l'accusation d'avoir enregistré sur cassette et diffusé les "confessions" d'Amir Farshad Ebrahimi, qui s'exprimait sur son ancien groupe, l'Ansar Hezbollah (les Partisans du parti de Dieu). Cet enregistrement expliquait comment l'organisation d'extrémistes islamistes avait reçu instruction de briser les manifestations et toute autre contestation. Elle a alors été condamnée à huis clos, en même temps qu'un autre avocat défenseur des droits de l'Homme, à une peine de prison avec sursis et cinq années d'interdiction d'exercer.

"Abasourdie"

Enseignant le droit à l'université de Téhéran, elle est l'auteur de plusieurs ouvrages sur son engagement. Elle est mariée et mère de deux filles de 20 et 23 ans. Présente à Paris, elle a déclaré à l'AFP être "abasourdie" à l'annonce de cette distinction, en ajoutant que le prix allait "à tous les Iraniens qui se battent pour la démocratie". "Actuellement, de nombreuses personnes qui luttent pour la liberté et la démocratie sont en prison, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse. Je souhaite leur libération le plus tôt possible". "Le plus urgent, c'est que la liberté d'expression soit respectée, et que les personnes qui se trouvent en prison en raison de leur opinion soient libérées immédiatement", a-t-elle ajouté.

Côté officiel iranien, la distinction de Shirin Ebadi a donné lieu à un cafouillage : un porte-parole a d'abord indiqué que le gouvernement réformateur était "heureux qu'une femme iranienne musulmane ait su se faire distinguer par la communauté internationale pour ses activités en faveur de la paix". Il a ensuite retiré cette réaction, précisant qu'il s'était exprimé "à titre personnel".

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Par AFP le 10 octobre 2003 à 00:00
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