© INTERNELes proches d'Ariel Sharon ont l'habitude de dire qu'Israël ne fait pas la guerre pour le plaisir de larguer des bombes. La frappe de l'armée de l'air israélienne sur un camp d'entraînement en territoire syrien a un sens. Le Premier ministre israélien entend non seulement donner des gages à ses ministres les plus vindicatifs envers les Arabes, mais également gifler une Syrie qui soufflerait sur les braises du terrorisme et montrer au monde que le conflit israélo-palestinien n'est pas un simple face à face entre deux peuples.
Après le carnage de Haïfa, aucune nation ne serait restée muette. Pour Mark Heller, chercher au Centre Jaffee pour les Etudes stratégiques de l'université de Tel-Aviv, le cabinet Sharon était confronté à la "nécessité politique de faire quelque chose de spectaculaire". Or, celui-ci avait entériné il y a trois semaines le "principe" de l'expulsion de Yasser Arafat, semble-t-il assorti d'une promesse : celle de trancher définitivement la question au prochain attentat. Celui-ci a eu lieu. De ce fait, Ariel Sharon a dû gérer la détermination de ses plus inflexibles faucons et les exhortations de l'administration Bush, qui n'a pas ménagé ses efforts tout le week-end pour retenir le bras de Tsahal. Le raid sur Ein Saheb est le fruit d'un compromis.
Fiers d'être les ennemis d'Israël
Frapper la Syrie n'est pas anodin. Les baasistes au pouvoir à Damas sont fiers d'être les ennemis d'Israël. Ils ont participé à cinq guerres contre l'Etat hébreu, n'ont jamais fléchi sur leurs revendications territoriales et stratégiques, ni renoncé à "rejeter les Juifs à la mer", mot d'ordre de la Guerre des Six-Jours. Surtout, ils continuent d'abriter et de protéger onze mouvements politico-terroristes palestiniens, du Hamas au Jihad islamique, en passant par le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général d'Ahmad Jibril
(lire encadré ci-dessous). Tous ces mouvements ont d'ailleurs les faveurs de l'équipe Assad depuis les années 70, lorsqu'il s'agissait de contenir l'OLP de Yasser Arafat.Selon une source syrienne au Liban, le raid israélien visait un camp "abandonné" du FPLP-CG enchassé dans une vallée, sur les hauteurs au nord-ouest de Damas. Ledit camp, financé par de l'argent iranien comme le Hezbollah libanais, servait à tous les groupes armés trouvant refuge en Syrie. Au-delà d'une frappe efficace contre le seul Jihad islamique, le raid visait donc aussi Bachar al-Assad. Le porte-parole d'Ariel Sharon n'a-t-il d'ailleurs pas expliqué qu'il s'agissait "avant tout d'un avertissement" ?
Un message au monde
Enfin, la frappe sur Ein Saheb est un message envoyé à l'opinion mondiale, toujours encline à voir dans l'Intifada al-Aqsa le simple affrontement de lanceurs de pierre et d'une armée ultra-puissante. Frapper une cible en Syrie, c'est montrer qu'Israël serait une petite enclave minoritaire, acculée à une autodéfense continue depuis plus de 50 ans dans un environnement qui aurait juré sa destruction. Les Israéliens entendent ainsi forcer dans l'esprit de la communauté internationale l'idée selon laquelle l'Intifada serait une guerre régionale et raciste déguisée, dans laquelle les Palestiniens seraient au mieux des prétextes, au pire des instruments.
Damas, un foyer de la lutte armée |
La Syrie est l'un des foyers les plus vivaces de la lutte armée palestinienne. L'hiver dernier, le Jihad islamique y avait organisé au grand jour une cérémonie en l'honneur de son défunt fondateur, en présence de son chef actuel Ramadan Shalach, qui a pignon sur rue dans le camp de réfugiés d'Al-Yarmok. Chacun avait pu s'émouvoir de l'événement, rapporté en termes émus par le journal officiel de l'Autorité palestinienne Al Hayat Al Jadida. C'est aussi à Damas que l'avocat de Marwan Barghouti avait négocié une trêve avec les leaders du Hamas et du Jihad islamique, que Bachar el-Assad nommait encore "attachés de presse". Le quartier général du FPLP-Commandement général d'Ahmed Jibril se trouve à Al-Rihan, une base des services de renseignements de l'aviation syrienne, dans la banlieue de Damas. Quand ce n'est pas de Beyrouth, c'est de Damas que partent les fax revendiquant beaucoup de massacres anti-israéliens. |
Photo : Le 1er juillet 2002 à Damas, commémoration des 40 jours après la mort du fils d'Ahmad Jibril. De g. à d. : Ramadan Abdullah Shalach (Jihad islamique), Cheikh Nasrallah (Hezbollah), Ahmad Jibril (FPLP-CG), Ghayath Barakat, chef régional du Baas syrien, Abdel Qader Qaddura, président du parlement syrien et l'ambassadeur d'Iran à Damas, Hassan Cheikh al-Islam. (Louai BESHARA - AFP)
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