© INTERNETrois puissants ministres limogés, le Parlement suspendu pour deux semaines, l'armée déployée autour d'installations stratégiques de la capitale : la présidente du Sri-Lanka a sciemment plongé son pays dans une crise politique sans précédent. Mercredi, elle faisait monter la tension d'un cran en décrétant l'état d'urgence qui confère aux forces de sécurité de larges pouvoirs pour arrêter et détenir des suspects.
La cause : les pourparlers de paix en cours entre le gouvernement de cohabitation au pouvoir à Colombo et les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE). Le coup de sang de la présidente Chandrika Kumaratunga pourrait déboucher sur des élections anticipées et porte un coup dur au délicat processus de paix, en panne depuis le mois d'avril.
"Le chaos et l'anarchie"
La présidente, élue en octobre 2000 pour un mandat de cinq ans, est opposée depuis des mois au gouvernement du Premier ministre Ranil Wickremesinghe, le dirigeant de l'opposition devenue majoritaire au parlement lors des élections législatives de décembre 2001. Soutenue par son parti, elle lui reproche de faire trop de concessions au LTTE dans le processus de négociations de paix et notamment de vouloir diviser de facto l'île. Dans un bref communiqué publié depuis Washington, le Premier ministre Wickremesinghe a accusé la présidente d'essayer de plonger le pays dans "le chaos et l'anarchie".
La confrontation s'est donc brusquement durcie et a pris l'aspect d'une épreuve de force mardi avec le limogeage de trois ministres-clés : Défense, Intérieur et Information, à la faveur d'une absence du Premier ministre, en visite officielle aux Etats-Unis, où il devait rencontrer le président George W. Bush à propos du processus de paix.
Etat d'alerte pour contenir la colère
Chandrika Kumaratunga a en même temps suspendu le parlement pour deux semaines, jusqu'au 19 novembre, au moment où était prévue la présentation du budget, et déployé des soldats autour de points clés de Colombo contre une éventuelle réaction de partisans du Premier ministre. La police a également été placée en état d'alerte, dans un pays toutefois habitué aux brusques montées de tension.
Des diplomates occidentaux et asiatiques ont estimé que la crise allait peser lourdement sur les chances de règlement au moment crucial où l'offre des Tigres avait été saluée par l'Union européenne et les Etats-Unis. La solution apparaissant plausible paraît être l'appel aux urnes, le gouvernement sortant ne craignant pas une élection, persuadé de pouvoir renforcer sa majorité absolue obtenue il y a deux ans, selon un ministre ayant requis l'anonymat. Mais Chandrila Kumaratunga et ses partisans contrôleraient de leur côté les médias officiels, les forces armées et la police.
Photo : Des soldats sri-lankais prennent position mardi
devant un bâtiment officiel (Sena VIDANAGAMA - AFP)
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