L'IBDA-C, groupuscule hermétique et violent

Par AFP, le 20 novembre 2003 à 14h46 , mis à jour le 20 novembre 2003 à 15h11

Le groupe terroriste turc qui a revendiqué, avec Al-Qaïda, les attentats meurtriers du 15 et du 20 novembre à Istanbul, est un mouvement islamiste ultra-violent sans véritable hiérarchie.

Photo : AFP © INTERNE

Le Front islamique des combattants du Grand-Orient (IBDA-C) qui a revendiqué, avec la mouvance Al-Qaïda, les attentats perpétrés jeudi matin à Istanbul, est une organisation radicale qui veut instaurer un état fédéral islamique par l'action violente. Il avait déjà revendiqué les deux attentats antisémites du 15 novembre à Istanbul, conjointement avec le mouvement terroriste Al-Qaïda d'Oussama ben Laden.

Fondé le 1er août 1984, l'IBDA-C, qui se présente comme sunnite, s'est posé en alternative aux formations islamistes, comme le Milli Selamet Partisi (MSP) de l'ancien Premier ministre Necmettin Erbakan, qu'il considère "passives". Son leader, surnommé "le Commandant", connu pour son activisme islamiste au milieu des années 70 dans la branche jeunesse du MSP ("Les Jeunes combattants"), s'appelle Salih Izzet Erdis, alias Salih Mirzabeyoglu.

Il a été arrêté fin décembre 1998 puis condamné à mort, peine commuée par la suite en prison à vie, pour tentative de renverser l'ordre constitutionnel par la force. Le mouvement considère la République turque, fondée sur des bases laïques par Mustafa Kemal Ataturk, "illégale" et vise sa destruction. Il aurait pour cela passé des alliances tactiques et ponctuelles avec la rébellion kurde (ancien PKK) ou l'extrême-gauche révolutionnaire (DHKP-C).

Une structure faite de "fronts" autonomes

L'originalité de ce groupe est sa structure éclatée, sans hiérarchie, faite de "fronts" autonomes, dont les actions sont laissées à l'initiative de leurs membres, indépendamment les uns des autres, mais avec l'idée du "Grand Orient". Leurs cibles, visées par de nombreux attentats ces dernières années, sont les minorités non-musulmanes, les medias, les statues d'Ataturk, les bars, banques et marchands de tabac. En janvier 1993, des militants de l'IBDA-C avaient tenté d'assassiner à l'arme automatique un riche homme d'affaires juif.

La Turquie musulmane, en raison de son système laïque et de son attitude résolument pro-occidentale, est visée par d'autres groupes islamistes extrémistes. Un groupe d'origine jordanienne ayant pour but de "rétablir le califat", le Hizb-ut Tahrir, a fait l'objet d'une série d'arrestations en mai dernier, et ses responsables locaux ont été arrêtés. Le chef d'un troisième groupe clandestin, le Hezbollah, a été tué par la police il y a trois ans. Ce mouvement actif depuis les années 1980, qui prône aussi un Etat islamique, n'aurait pas de lien avec le Hezbollah chiite libanais.

Nombre des militants de ces groupuscules ont été entraînés à l'étranger ou ont participé à des combats, en Afghanistan par exemple. Certains de ces "Afghans turcs" ont pu rejoindre la nébuleuse Al-Qaïda et avoir acquis le professionnalisme nécessaire en matière de guerre et de terrorisme. Ils seraient alors en mesure d'offrir un support logistique à une entreprise terroriste étrangère, selon le spécialiste de l'islam politique turc, Rusen Cakir.

Photo non-datée du militant turc de l'IBDA-C Asad Ekinci, identifié comme étant l'un des kamikazes ayant perpétré les attaques contre deux synagogues d'Istanbul, le 15 novembre (AFP)

Par AFP le 20 novembre 2003 à 14:46
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience