© INTERNELe corps se trouvait au fond d'un puits de lumière en béton, au pied de l'immeuble de huit étages du Département d'Etat. A première vue, on aurait pu croire que l'homme s'était jeté du toit pour se suicider. Mais si le cadavre portait une chemise, une cravate et un pantalon, il n'avait ni chaussures ni veste, alors que la température dans la capitale fédérale ces jours-ci est à peine supérieure à dix degrés. De plus, l'immeuble ne disposant pas de fenêtres, l'homme aurait dû monter sur le toit de ce bâtiment ultra-sécurisé pour se jeter dans le vide. Dans le doute, les pompiers, appelés à intervenir aux alentours de cinq heures de l'après-midi vendredi 7 novembre, ont préféré ne pas toucher au corps.
Très vite, on apprenait l'identité de ce mort mystérieux du quartier de Foggy Bottom. Il s'agissait de John J. Kokal, 58 ans, fonctionnaire au Bureau of Intelligence and Research (INR) du Département d'Etat. Sans vouloir conclure à la hâte, les enquêteurs de la police ont laissé entendre auprès de Fox News qu'il était "possible" qu'ils aient affaire à un homicide.
Documenter les diplomates
L'INR est un organe du ministère des Affaires étrangères américain, chargé d'être en quelque sorte "ses yeux et ses oreilles", selon les termes de sa communication institutionnelle. "L'INR, peut-on ainsi lire sur le site de l'Intelligence community, fournit du renseignement en continu et en temps réel à la fois aux décideurs politiques et aux cadres du ministère." Placé directement, dans l'organigramme tentaculaire dudit ministère, sous la responsabilité du secrétaire d'Etat et de son adjoint, il sert à documenter les diplomates sur les conflits, les enjeux, les acteurs et les secrets des grands dossiers internationaux.
Au sein de cet organisme très sensible, abrité dans l'immeuble administratif de la 23ème rue, John Kokal était, selon l'annuaire téléphonique, employé dans l'unité "Near East Southeast Asia", couvrant l'Asie centrale et le Moyen-Orient. De fait, son département rendait compte au secrétaire d'Etat adjoint chargé de la région, qui n'est autre que Christina Rocca, un ancien officier des activités clandestines de la CIA nommé par le président Bush auprès de Colin Powell. En août 2001, c'est elle qui a tenté en vain de faire accepter aux talibans la livraison d'Oussama ben Laden, en s'entremettant directement avec leur ambassadeur au Pakistan.
Pas impliqué dans l'analyse
Immédiatement interrogé par le Washington Post, le Département d'Etat a fait savoir que, si John Kokal travaillait bien au sein d'une unité qui avait affaire au renseignement, il "manipulait" des documents classifiés sans être "impliqué dans l'analyse". Certains, comme le site geopolitique.com, affirment que John Kokal était malgré tout "l'un des fonctionnaires les plus actifs dans la dénonciation des fausses preuves sur la présence d'armes de destruction massive en Irak". Peut-être était-ce au sein de cette congrégation d'anciens officiers de renseignement, qui, appuyée par la gauche intellectuelle, s'est regroupée cette année sous le nom de VIPS (Veteran Intelligence Professionals for Sanity) et qui adresse régulièrement de longues et acerbes lettres ouvertes à la Maison Blanche et aux ministères, en même temps qu'à la presse.
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