11 septembre : Massoud avait prévenu

Par Léonard VINCENT, le 07 novembre 2003 à 11h19 , mis à jour le 07 novembre 2003 à 12h20

Une note des renseignements militaires américains affirme que le commandant afghan avait une "connaissance limitée" des plans d'Al-Qaïda.

usa afghanistan massoud savait document du pentagone © INTERNE

Une fois déclassifié, le document secret du Pentagone reste largement tronqué. Daté de la fin novembre 2001, il émane de la Defense intelligence agency (DIA), les renseignements militaires américains. Il a été rédigé sous la marque de classification "SECRET/NOFORN", signifiant qu'il ne doit sous aucun prétexte être communiqué à un ressortissant étranger ("No foreign national"). Son objet : "L'assassinat de Massoud en relation avec l'attaque du 11 septembre 2001".

Selon les termes d'une mise en garde préalable, les rédacteurs de ce cable "d'information, et non de renseignement" disponible sur le site de l'Université George Washington, affirment que le commandant afghan Ahmad Shah Massoud savait qu'Al-Qaïda préparait une action d'envergure contre les Etats-Unis. Le chef charismatique des combattants anti-talibans et figure dominante du gouvernement légitime, retranché dans les canyons du nord-est de l'Afghanistan, avait prévenu l'Occident de la menace que représentaient le sanctuaire taliban et le réseau terroriste d'Oussama ben Laden.

"En se basant sur des renseignements de l'Alliance du nord, dit le câble secret, le défunt commandant Massoud a obtenu une connaissance limitée des intentions du millionnaire saoudien Oussama ((Ben Laden)) (OBL), et son organisation terroriste, Al-Qaïda, de perpétrer un acte terroriste contre les Etats-Unis, sur une échelle plus grande que les attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades au Kenya et en Tanzanie."

Mise en garde publique

Lourdement édité au marqueur noir, on ignore si le document développe l'expression "connaissance limitée". On peut lire toutefois, un peu plus bas : "En avril 2001, Massoud s'est adressé aux parlements français et européen à Paris (sic). Dans son discours télévisé, il a mis en garde le gouvernement américain contre OBL." Le 9 septembre, deux faux journalistes mandatés par la mouvante jihadiste européenne, sous l'autorité de ben Laden, tuaient le commandant afghan.

Avant leur chef, les diplomates afghans, souvent proches de Massoud, confiaient régulièrement à la presse que l'alliance des miliciens talibans, des "Arabes" de ben Laden et des services secrets pakistanais, représentait une grave menace qu'il ne fallait pas négliger. Mais "depuis vingt ans, soupirait auprès de tf1.fr Mehrabbodin Masstan, chargé d'affaires à Paris, le Pakistan guide la diplomatie américaine dans la région. Après les attaques du 11 septembre, j'inclinais à penser que les choses allaient changer". Une amertume partagée à l'époque par le philosophe André Glucksmann, interrogé par tf1.fr après l'annonce de la mort du commandant Massoud, quelques jours après le 11 septembre : "Pardon aux New Yorkais ! s'emportait-il. Si nous avions aidé l'Alliance du nord, nous n'en serions pas là."

Quand ben Laden ordonnait de tuer Massoud

Le magazine islamiste Voice of Jihad a cité les confessions d'un ancien garde-du-corps d'Oussama ben Laden et webmaster du site Internet d'Al-Qaïda, Cheikh Youssef Al-Ayyiri, où celui-ci affirmait que le Saoudien avait ordonné l'assassinat du commandant Massoud. "Plus tard, raconte le narrateur de la biographie du proche de ben Laden, le plus grand événement de l'histoire afghane est arrivé : l'assassinat de l'ignoble commandant Ahmad Shah Massoud, et il n'y a pas de description possible de la joie de Cheikh Al-Ayyiri. Je me souviens lui avoir demande : 'Que s'est-il passé ?'. Il m'a répondu en me disant que Cheikh Oussama avait demandé au frères : 'Qui va prendre sur lui pour prendre en charge Ahmad Massoud pour moi, car il a offensé Allah et ses fils ?'".

Photo : La page 4 du cable déclassifié. Ce document secret a été rendu public par l'Université George Washington grâce à la "Loi de la liberté d'informer" ("Freedom information act"), datant de 1967. (© tf1.fr)

Par Léonard VINCENT le 07 novembre 2003 à 11:19
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