Shirin Ebadi pour les femmes iraniennes

Par Karin DANJAUME, le 27 décembre 2003 à 00h00 , mis à jour le 26 décembre 2003 à 15h14

De passage à Paris, après avoir reçu son prix Nobel de la paix à Oslo, l'avocate Shirin Ebadi a réaffirmé son engagement pour les droits et la liberté des Iraniens. Elle a tout particulièrement insisté sur le sort des femmes de son pays.

Photo AFP © INTERNE

"Ce prix ne m'appartient pas. Il appartient à tous les Iraniens qui luttent pour la démocratie. Le combat pour les Droits de l'homme a commencé il y a déjà longtemps là-bas." De passage à Paris la semaine dernière après la remise de son prix Nobel de la paix, et avant de repartir en Iran, Shirin Ebadi a pris le temps de rencontrer la presse et les autorités françaises.

Fatiguée par le marathon qui a suivi l'annonce de ce prix, elle redit, comme une litanie, le fondement de son engagement : la lutte contre la culture patriarcale, responsable des lois "sexistes et machistes" à l'encontre des femmes. "Ce n'est pas l'Islam qui est responsable mais cette culture patriarcale qui se transmet comme l'hémophilie de la mère à l'enfant. C'est malheureux, mais une partie des femmes, victimes de cette culture, en est également le relais. Chaque oppresseur a été élevé par une femme."

Du temps pour changer

L'avocate iranienne s'attaque également aux lois de son pays "qui justifient cette violence contre les femmes. Je vous donne un exemple : si un mari trouve sa femme avec un étranger dans son lit, il peut les tuer tous les deux. Rendez-vous compte, la loi permet cela ! Mon but n'est pas de protéger l'adultère mais je suis contre le fait qu'une personne se fasse justice elle-même."

Comment combattre cette culture patriarcale ? "Seuls le savoir et l'évolution culturelle pourront changer les choses et cela nécessite du temps. Les conférences, les séminaires, les livres sont nos moyens d'agir. Mais si les Iraniens sont décidés à faire changer ce système, ils réussiront !" Et d'ajouter qu'aujourd'hui, 63 % des étudiants iraniens sont des femmes. "Les lois iraniennes vont devoir se conformer à ce niveau de culture et de connaissance qui est le leur."

L'école, un lieu d'émancipation

Concernant l'éducation, ses prises en position sont claires : "L'école doit être un lieu d'émancipation pour les garçons et pour les filles." Des propos qui rappellent qu'en France, au même moment, des décisions cruciales sont au cœur de l'actualité concernant le port du voile à l'école. Shirin Ebadi aura d'ailleurs l'occasion de s'exprimer les propositions de la commission Stasi : "S'il y a une loi, cela va seulement profiter aux fondamentalistes. Si c'est le choix des jeunes filles de porter le voile, il faut le leur laisser. L'école, c'est leur seule chance de s'émanciper".

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Par Karin DANJAUME le 27 décembre 2003 à 00:00
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