© ManreoL'Autorité palestinienne verse-t-elle à un groupe terroriste des dollars prélevés sur les subventions européennes ? C'est la délicate question à laquelle des inspecteurs de l'Organisme européen de lutte contre la fraude (OLAF) doivent répondre, après que des soupçons de détournement de fonds soient venus jeter une ombre sur l'aide apportée par l'Europe à l'Autorité autonome.
L'OLAF, organisme inter-européen indépendant déjà responsable d'une enquête sur la Commission elle-même, a donc très discrètement dépêché en fin de semaine dernière une mission d'inspection chargée de faire la lumière sur les éventuels détournements de fonds d'une partie des 55 millions d'euros de subventions versés cette année à l'Autorité palestinienne au profit des "Brigades des martyrs d'al-Aqsa", une nébuleuse armée issue du Fatah
(Lire encadré ci-dessous)."Nous avons armé l'esprit des kamikazes"
Si les pouvoirs d'investigations de l'OLAF sont en théorie plutôt étendus, on ignore quel est le mandat et les moyens donnés aux inspecteurs envoyés au Proche-Orient. Interrogé mardi, le porte-parolat de l'OLAF "confirme qu'une mission a été envoyée en Palestine", sans donner plus de précisions sous peine de "la mettre en danger".
Malgré les réticences du Commissaire aux Relations extérieures Chris Patten, l'OLAF a finalement réagi à la pression de plus d'une centaine de députés européens menés par le socialiste français François Zimeray. L'élu demande sans relâche depuis quatre ans un examen du circuit emprunté par l'argent versé à l'Autorité autonome, alors que des allégations de corruption et de détournement ont été plusieurs fois publiées par les ONG et les médias. "Je me réjouis surtout du fait que la Commission commence à prendre la question au sérieux, a-t-il expliqué à tf1.fr. Depuis des années, notre aveuglement tue. Par exemple, nous avons sous-estimé l'importante du système éducatif que nous payons. En empoisonnant les âmes des enfants avec des manuels scolaires qui les éduque à la haine, nous avons armé l'esprit des kamikazes."
250 dollars pour éloigner le Hamas
Au mois de novembre dernier, une enquête de la BBC révélait que l'Autorité palestinienne allouerait jusqu'à 50.000 dollars par mois à des cadres des Brigades. Une ligne budgétaire spécifique aurait même été débloquée par le cabinet palestinien, au vu et au su du président Arafat, afin de payer des salaires n'excédant par 250 dollars à des militants, de manière, explique-t-on, à les empêcher de se laisser enrôler par les groupes intégristes comme le Hamas.
L'ancien ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement Abou Mazen, démissionnaire en septembre 2003, avait même expliqué à la BBC qu'à l'origine, "quelques membres de ces groupes avaient été embauchés par les services de sécurité et, par conséquent, continuent à toucher des salaires". Un récit qualifié de "faux et sans fondement" par Fatem Abdel Qader, un haut responsable du Fatah.
Quoi qu'il en soit, la délicate mission de l'OLAF consiste à examiner des circuits opaques, où se mêlent, dans l'une des régions les plus à vif du globe, le népotisme et la désorganisation, la violence clanique et l'insurrection armée. Selon nos informations, la police belge aurait déjà ouvert une enquête sur le financement des Brigades par des fonds européens en se fondant sur les premières investigations de l'OLAF. "Si l'on découvrait que l'argent des contribuables européens a servi à salarier des terroristes palestiniens, martèle encore François Zimeray, ce serait un scandale tel qu'il devrait entraîner logiquement la démission de la Commission."
Les "Brigades", des groupes et une idéologie |
Ancrées dans le nationalisme arabe, les "Brigades des martyrs d'al-Aqsa" se présentent comme l'aile militaire du Fatah, le parti nationaliste de Yasser Arafat. Elles ont opté pour l'action terroriste directe contre les civils, de l'autre côté de la frontière de 1967. Sont-elles réellement soumises à l'Autorité palestinienne et à Yasser Arafat, comme l'affirme inlassablement le gouvernement d'Ariel Sharon et l'armée israélienne ? Si les experts s'accordent à dire que le président palestinien ne commande pas directement ces francs-tireurs, il est certain que de hauts responsables de l'Autorité ont la haute main sur leurs opérations. Son grand argentier Fouad Shoubaki, aujourd'hui emprisonné à Jéricho sous contrôle américano-britannique, signait les ordres de paiements. Sur des documents saisis dans le QG présidentiel de Ramallah, la signature de Yasser Arafat figure également en bas des factures d'achat d'explosifs. Le leader du Fatah en Cisjordanie Marwan Barghouti, aujourd'hui emprisonné en Israël, en aurait été le leader politique. Selon les experts, sans doute Yasser Arafat a-t-il encouragé la formation d'unités armées en octobre 2000, mais il serait aujourd'hui quelque peu dépassé par une créature nouvelle, déterminée et bien structurée qui combat en son nom, sert parfois ses intérêts et oriente aussi, sous la contrainte, son action. |
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