Iran-Egypte, fiançailles de raison

Par Léonard VINCENT, le 06 janvier 2004 à 16h09 , mis à jour le 06 janvier 2004 à 17h22

Téhéran a demandé au Caire de renouer prochainement des relations diplomatiques complètes. L'alliance de deux pays-pivots de l'une des régions les plus instables du monde va naître.

Photo : Philippe DESMAZES (AFP) © INTERNE

A Téhéran, la rue Khaled Estambouli, l'assassin d'Anouar el-Sadate, va désormais s'appeler rue de l'Intifada, en hommage à la "nation palestinienne". Ainsi en a décidé le conseil municipal de la capitale iranienne mardi, accomplissant le dernier geste qu'il manquait pour que l'Iran et l'Egypte rétablissent des relations bilatérales après 25 ans de brouille.

En conséquence, le ministère des Affaires étrangères iranien a annoncé dans la foulée que Téhéran et Le Caire avaient décidé de rétablir "dans les prochains jours" les relations diplomatiques rompues en 1979. "Les relations entre les deux pays sont sur la bonne voie mais pour le moment aucune décision n'a été prise pour leur reprise" formelle, a toutefois tempéré le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Maher.

Quoi qu'il en soit, ce rapprochement, initié par les présidents Moubarak et Khatami le mois dernier lors d'un sommet historique à Genève, instaure une nouvelle alliance de deux poids-lourds du Moyen-Orient et du monde musulman. Le renversement du régime de Saddam Hussein par des troupes occidentales et l'enlisement du conflit israélo-arabe rendaient manifestement obsolètes les fâcheries, "ces choses du passé", selon le mot récent d'Ahmed Maher.

La paix avec Israël, une "traîtrise"

L'Iran et l'Egypte avaient renvoyé chez eux leur ambassadeur respectif après la révolution des ayatollahs iraniens, qui fustigeaient la "traîtrise" du président égyptien Sadate, coupable d'avoir participé aux pourparlers de Camp David et d'avoir signé un traité de paix avec Israël. L'Egypte, de plus, avaient accueilli le Shah déchu sur son sol après la révolution islamique et, plus tard, avait soutenu l'Irak laïque dans sa guerre contre la mollahcratie iranienne.

La ville de Téhéran avait alors baptisé une de ses rues du nom du lieutenant intégriste qui avait abattu le président Sadate lors d'une parade militaire en 1981. Glorifié comme un "martyr" par l'Iran, Khaled Estambouli, exécuté par l'Egypte, avait même eu droit à une immense fresque peinte sur un mur du quartier.

Les relations entre les deux pays avaient été timidement rétablies à la fin des années 80, mais à un niveau de "basse intensité". Mais Hosni Moubarak et Mohammad Khatami, dont le pouvoir est précarisé par la frange jihadiste active dans leur pays et la puissance américaine, ont estimé qu'unir leur force leur permettrait d'imposer leurs vues sur la scène musulmane et de défendre leurs exigences sur la scène internationale, notamment face à l'amitié israélo-américaine. Enfin, l'Egypte prend langue avec l'un des plus farouches ennemis de l'Etat hébreu, ce qui serait un atout certain si, comme s'efforce de le faire Moubarak, un processus politique venait à être ravivé entre Israël et l'Autorité palestinienne. "C'est un très grand succès diplomatique, a d'ailleurs expliqué le vice-président iranien mardi sur Al-Jazira. Je pense que la cause palestinienne et le monde islamique tireront le plus grand soutien de la coopération entre l'Iran et l'Egypte".

Photo : Rencontre entre les présidents égyptien Hosni Moubarak et iranien Mohammad Khatami, en marge du Sommet mondial sur la société de l'information, le 10 décembre 2003 à Genève (Philippe DESMAZES - AFP)

Par Léonard VINCENT le 06 janvier 2004 à 16:09
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