John Kerry, le démocrate énigmatique

Par AFP, le 20 janvier 2004 à 15h40 , mis à jour le 20 janvier 2004 à 17h15

Au lendemain de sa victoire du caucus de l'Iowa, portrait du mystérieux candidat démocrate dont le visage souriant et victorieux s'affiche à la Une de tous les grands quotidiens américains.

Photo : Jeff HAYNES (AFP) © INTERNE

Elancé, le visage grave, John Kerry, 60 ans, est un héros de la guerre du Vietnam, sénateur du Massachusetts depuis près de 20 ans qui a fait sa carrière politique sous l'aile des Kennedy. Vainqueur dans l'Iowa (centre), ce politicien précoce a encore une longue route à faire pour confirmer sa position de favori parmi les prétendants démocrates à l'élection présidentielle.

Né dans une famille aisée le 11 décembre 1943, il a passé une partie de son enfance en Europe alors que son pére était diplomate. Diplômé de Yale en 1966, ce sportif d'un mètre quatre-vingt-dix s'est engagé dans la Marine et a servi comme officier canonnier dans le delta du Mékong, ce qui lui a valu plusieurs décorations prestigieuses, dont une pour blessure de guerre.

Le héros est né. Même les républicains, notamment un autre vétéran de la même guerre, John McCain, ont salué en lui un "bon soldat". Mais à la différence de ce parlementaire, John Kerry dénoncera la "sale guerre" avec une pugnacité qui lui vaudra d'être en place d'honneur sur la "liste des ennemis personnels" de Richard Nixon. Devenu procureur, il remporte pour la première fois un siège de sénateur en 1984, poste auquel il a été réélu trois fois.

La "tirelire"

Marié en seconde noces à une riche héritière d'une entreprise agroalimentaire, Teresa Heinz, pesant quelque 500 millions de dollars, John Kerry doit déployer plus d'efforts que d'autres démocrates, notamment Richard Gephardt, fils d'un laitier et d'une secrétaire, pour montrer qu'il est près du peuple et pour balayer le qualificatif de "tirelire" qui lui colle à la peau.

"Il a des difficultés à contenter autant qu'il le faudrait les gens" pour les convaincre de voter pour lui, écrivait récemment le New York Times au sujet de celui qui, adolescent, avait fait de John Kennedy son modèle au point de se vanter d'avoir les mêmes initiales que le président assassiné. Les Américains, à en croire les sondages, ont des difficultés à cerner sa personnalité, d'autant qu'il est capable de se montrer hautain et arrogant à l'égard du président George W. Bush et de ses rivaux démocrates, comme d'être souriant et timide.

Mais sous son apparence flegmatique, Kerry est un battant qui a surmonté l'année dernière une opération du cancer de la prostate. Capable de débouler en Harley Davidson, blouson de cuir et bottes "Amérique profonde", sur un plateau de télévision, de gratter à la guitare un morceau d'Aranjuez ou de composer des alexandrins, John Kerry déroute. Comme il a dérouté ses compagnons démocrates en se rangeant au côté du président Bush au moment de l'invasion en Irak, pour refuser peu après de voter le budget de reconstruction de ce pays. Il mène campagne en mettant en avant son passé de militaire et son expérience en politique étrangère qui, selon lui, lui permettrait d'affronter le président George W. Bush sur le terrain de la sécurité nationale.

Photo : John Kerry salue ses sympathisants à l'annonce de sa victoire dans l'Iowa (Jeff HAYNES - AFP)

Par AFP le 20 janvier 2004 à 15:40
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