Quatre tués à l'entrée de Gaza

Par Léonard VINCENT, le 14 janvier 2004 à 10h14 , mis à jour le 14 janvier 2004 à 17h02

Une femme agissant au nom du Hamas et des Brigades des martyrs d'al-Aqsa s'est fait exploser au point de passage d'Erez, entre la bande de Gaza et Israël. Quatre Israéliens ont été tués, au lendemain d'une embuscade meurtrière en Cisjordanie.

Photo AFP © INTERNE

Une femme ceinturée d'explosif a actionné la charge qu'elle portait sous son manteau, tôt mercredi matin à l'une des entrées du point de passage d'Erez, qui marque la frontière entre le nord de la bande de Gaza et Israël. Quatre Israéliens ont été tués et douze autres ont été blessés dans l'attentat, revendiqué en milieu de matinée par le mouvement intégriste Hamas et les Brigades des martyrs d'al-Aqsa, la branche armée dissidente du Fatah, le parti du président palestinien Yasser Arafat.

Un responsable anonyme du Fatah interrogé par Radio Israël a estimé que l'attentat avait pour but de provoquer le bouclage de la bande de Gaza, de manière à empoisonner un peu plus la vie des Palestiniens travaillant en Israël et les pousser dans les bras des mouvements terroristes.

Dernier signe de coopération 

Le point de passage d'Erez, par où des milliers de travailleurs palestiniens transitent chaque jour pour aller travailler en Israël, est l'un des derniers signes de coopération israélo-palestinienne. Bondé aux premières heures du jour, il semble qu'il était plus ou moins tranquille à 9 heures 30, l'heure où une femme, mêlée à ceux qui attendaient leur tour au checkpoint, s'est tranformée en bombe humaine.

Selon des témoins, le portique électronique qu'elle a traversé pour accéder au local où elle devait être fouillée avait auparavant sonné, mais la jeune femme a affirmé aux soldats que la sonnerie avait été déclenchée par une prothèse métallique dans sa jambe. Les soldats ne se sont pas méfiés de son large manteau, étant donné le mauvais temps. Les quatre morts sont membres du personnel de sécurité israélien. L'un des blessés serait dans un "état désespéré", selon des sources médicales.

Le Hamas a annoncé que la terroriste était Reem Saleh Al-Riyachi, une jeune femme de 22 ans, mère de deux enfants, issue d'une famille aisée de Gaza. Dans le traditionnel enregistrement vidéo tourné avant sa mort (photo ci-dessus), elle déclare : "J'ai toujours souhaité faire de mon corps un obus mortel contre les sionistes et frapper à la porter du paradis avec le crâne d'un sioniste". Toujours selon le Hamas, l'attaque était une riposte à la liquidation par l'armée israélienne, le 25 décembre, d'un caïd local du Jihad islamique, Moqled Hamid.

Embuscade meurtrière en Cisjordanie

"C'est une exploitation cynique de la part des organisations terroristes des facilités que nous offrons aux Palestiniens de venir travailler en Israël", a déclaré sur Radio Israël le général Gadi Shani, l'un des commandants des Forces de défense israéliennes pour la bande de Gaza. Cet attentat-kamikaze est le premier depuis l'explosion d'un terroriste à un arrêt d'autobus en banlieue de Tel-Aviv le jour de Noël, qui avait fait quatre morts. Toutefois, les services de sécurité intérieure israéliens étaient en état d'alerte depuis plusieurs jours, de nombreux attentats ayant été déjoués et plusieurs terroristes arrêtés avant d'avoir pu pénétrer en Israël.

Malgré tout, mardi soir, un père de 29 ans résidant dans la colonie de Talmon a été tué dans une embuscade tendue contre la voiture qui l'avait pris en autostop, non loin de la Ligne verte, à l'ouest de Ramallah. Les "Brigades" du Fatah ont là aussi revendiqué le meurtre. Dans l'attaque — des tirs de Kalachnikov depuis un village palestinien — les trois autres passagers de la voiture ont été blessées.

Qoreï blâme Israël, Yassine se réjouit

Le Premier ministre palestinien Ahmed Qoreï a refusé de condamner l'attentat, affirmant que les attaques israéliennes et les restrictions imposées aux Palestiniens ne faisaient qu'à mener à une escalade des deux côtés. "La tension permanente et le bouclage ne favorisent pas une accalmie mais conduisent à une escalade de la violence et de la contre-violence", a-t-il déclaré en réaction à l'attaque. "Le fait qu'une femme participe pour la première fois à une opération du Hamas marque une évolution qualitative pour les Brigades Ezzedine Al-Qassam", la branche armée du mouvement, a quant à lui déclaré son chef spirituel, cheikh Ahmed Yassine. "Cette opération confirme que tous les groupes sont prêts à coopérer pour lutter contre l'ennemi. La résistance contre l'ennemi se poursuivra tant qu'il y aura occupation", a ajouté cheikh Yassine.

Par Léonard VINCENT le 14 janvier 2004 à 10:14
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