© INTERNEL'idée d'Ariel Sharon est simple. Si le gouvernement d'Israël ne pouvait obtenir un dialogue politique fécond avec les Palestiniens, il se réserverait le droit "d'agir seul". Son plan de repli consisterait à "dessiner une ligne de sécurité" infranchissable et "réaligner les Forces de défense israéliennes et les implantations selon cette ligne, nécessitant le démantèlement de certaines colonies". C'est cela, le "plan de séparation" qui soulève l'indignation de l'essentiel de la droite nationaliste, comme de l'Autorité palestinienne.
Pourtant, la semaine dernière, la convention du Likoud avait fait la démonstration de la maestria politique du Premier ministre face au tollé que provoque invariablement, depuis des décennies, le moindre de ses gestes. A première vue, elle avait semblé tourner à la foire d'empoigne, bien que son fils Omri et le secrétaire-général du parti avaient pris soin de placer ses supporters dans des endroits stratégiques de la salle. "Je vais les rendre fous, aurait glissé Ariel Sharon à son éminence grise Ehud Olmert en montant à la tribune. Ne m'aidez pas !" Mais en réalité, chacun a joué son rôle. Comme l'a raconté l'analyste Yossi Verter dans Ha'aretz, "Sharon a joué le leader courageux, qui n'a pas peur de jeter la vérité au visage d'une foule désordonnée. La foule — une poignée de hueurs en série — a fait ce qu'on attendait d'elle, en constituant la scène qu'attendait Sharon".
120.000 personnes pour le conspuer
Les sections du parti exigeaient des pouvoirs démesurés que n'importe quel Premier ministre aurait refusé : droit de veto sur les décisions du gouvernement, révocation des ministres et députés ayant voté contre une décision du Comité central, etc. "C'est moi qui prends les décisions, avait alors tranché Ariel Sharon, et c'est moi qui les applique." En clôture de cette tumultueuse soirée, les Likoudnik avaient toutefois retrouvé l'unité en écoutant la chanson de campagne de 1992… celle d'avant les accords d'Oslo. Bref, un tohu-bohu très maîtrisé, qui a ennuyé les éditorialistes.
Clou du spectacle anti-Sharon donné par la droite : 120.000 personnes réunies dans le centre de Tel-Aviv dimanche soir, dont quatre ministres et des ténors du Likoud, pour conspuer "Sharon le lâche", qui a "cédé" aux terroristes, qui a "capitulé en pleine bataille".
Passer en force
Mais tout cela n'a pas ébranlé le "bulldozer" Sharon. D'une part, en vétéran des luttes d'Israël, il sait, comme le répète inlassablement son vieux rival Shimon Peres, que "les vraies négociations se mènent avec son peuple, pas avec son ennemi". Désormais conscient qu'Israël ne peut faire l'économie de l'instauration prochaine d'un Etat palestinien, ayant renoncé à un Etat d'Israël dans ses frontières bibliques, Ariel Sharon sait que, comme Yitzhak Rabin avant lui, il devra passer en force. Même s'il ne s'agissait que de transférer 50% de la Cisjordanie à une Palestine sans armée et sous surveillance internationale.
De plus, les huées des ultras du Likoud et leurs amis de la droite anti-arabe ont de quoi satisfaire son penchant politique naturel : gagner du temps. "L'une des conséquences de cette manifestation, c'est qu'elle va permettre à Sharon de gagner du temps si Washington le presse d'agir, en arguant de la force de l'opposition interne", analyse d'ailleurs le politologue Menahem Klein. Le Premier ministre israélien sait que, quoi qu'il arrive, le Likoud, qu'il a co-fondé dans les années 70, est et demeure une grande troupe hétéroclite d'intérêts divergents. Ariel Sharon, colosse politique aussi puissant qu'immobile, sait aussi qu'il est le seul aujourd'hui à être capable d'obtenir 40 sièges à ses députés, contre 19 dans la Knesset précédente.
Du reste, alors qu'il était venu personnellement défendre son "plan de séparation" devant la Knesset lundi, il a été approuvée à une nette majorité. Sur les 90 députés présents, 51 ont voté pour et 39 contre. Il pouvait se permettre d'être contesté.
Les Sharon dans la tourmente |
Un ex-conseiller d'Ariel Sharon a accusé ce dernier lundi d'avoir été personnellement impliqué dans une affaire de corruption. Interrogé lundi soir par la seconde chaîne privée de la télévision israélienne, David Spector, un ex-responsable du Likoud, parti de M. Sharon, a affirmé que le Premier ministre avait directement trempé dans le financement illégal de sa campagne électorale en 1999. "Il était impliqué dans tout et se chargeait de tout en détail", a déclaré M. Spector, qui dirige aujourd'hui une agence de détectives. Cette même chaîne de télévision avait diffusé le 6 janvier un extrait d'une cassette vidéo compromettante pour Omri Sharon, fils du Premier ministre. Les images tournées en septembre 1999 montrent Omri Sharon en conversation avec M. Spector et un autre membre du Likoud, Uri Shani. Ce dernier propose soudain d'utiliser des fonds du parti pour financer la campagne d'Ariel Sharon lui permettant d'en briguer la direction, face à Omri, assis et impassible. Le scandale porte sur un prêt de 1,5 million de dollars que l'homme d'affaires sud-africain Cyril Kern aurait octroyé à titre amical à M. Sharon pour lui permettre de rembourser les fonds illicitement utilisés dans sa campagne pour la direction du Likoud. |
Photo : Ariel Sharon lors de la convention du Likoud, le 5 janvier 2004 (Tal COHEN - AFP)
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