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Affaire Dutroux : l'horreur qui révulsa la Belgique

Fabrice Aubert par avec
le 29 février 2004 à 13h37
Temps de lecture
5min
[Expiré] [Expiré] marc dutroux photo garde à vue

Crédits : AFP

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MondeSix jeunes filles séquestrées et violées, deux survivantes ; faillite des systèmes policier et judiciaire ; rumeurs sur un réseau de pédophilie géré par les "puissants" : depuis 1996, le scandale Dutroux est devenu un fait de société, voire une affaire d'Etat.

LES FAITS
Le 24 juin 1995, Mélissa et Julie, 8 ans, disparaissent à Grâce-Hollogne, dans la banlieue de Liège. Les gendarmes pensent à la fugue, piétinent et s'opposent aux parents sur les méthodes de recherche. Dans la nuit du 22 au 23 août, An et Eefje, deux adolescentes, disparaissent à leur tour près d'Ostende, à l'autre bout du pays. Aucun lien n'est fait entre les deux affaires. Le 28 mai 1996, c'est au tour de Sabine, 12 ans, d'être enlevée à Tournai. Les recherches restent vaines.

Le 9 août, Laetitia, 14 ans, subit le même sort à Bertrix. C'est le tournant de l'affaire. Michel Bourlet, le procureur de Neufchâteau, et Jean-Marc Connerotte, le juge d'instruction, se montrent volontaires et rejettent la thèse de la fugue. Ils recoupent rapidement plusieurs indices et témoignages qui convergent vers un certain Marc Dutroux, petit trafiquant en tous genres, condamné dans le passé pour viols sur mineures. Le 13 août, le suspect est arrêté, en compagnie de sa femme Michèle Martin et d'un comparse, Michel Lelièvre. Après deux jours de garde à vue, il craque. "Je


Sabine après sa libération
AFP-
vais vous donner deux filles" lâche-t-il.

Sabine et Laetitia sont alors retrouvées emmurées dans la cave de sa maison de Marcinelle, près de Charleroi. Dans un premier temps, c'est le soulagement. Dans un second, c'est la révulsion. Sabine fait tout d'abord le récit de ses quatre mois de captivité. Elle était violée tous les jours par Marc Dutroux, qui la torturait également psychologiquement. Même si sa séquestration n'a duré que quelques jours, Laetitia est aussi traumatisée.

L'HORREUR
Le 17 août, Dutroux reconnaît avoir séquestré Julie et Mélissa. Il explique qu'elles sont mortes de faim en mars pendant son séjour en prison dans une affaire de trafic de camions. Sur ses indications, leurs corps sont déterrés du jardin d'une autre maison lui appartenant, à Sars-la-Buissière. Le cadavre d'un complice, Bernard Weinstein, est également exhumé. Le 22 août, toute la Belgique se recueille pour les obsèques des deux fillettes.

Entre-temps, Dutroux a avoué le rapt et les meurtres d'An et Eefje. Leurs corps seront retrouvés le 3 septembre dans une troisième maison, replongeant le pays dans le cauchemar.

LES FAILLITES DU SYSTEME JURIDICO-POLICIER
Dutroux récidiviste
. Arrêté en 1986 et condamné à treize ans de prison pour cinq enlèvements et viols de filles âgées de 11 à 19 ans, le pédophile est libéré dès avril 1992, contre l'avis du procureur et des psychiatres. Aucun suivi n'est ensuite assuré. Pire : arrêté en novembre 92 pour des attouchements sexuels sur une fillette, il est immédiatement relâché, sans être inquiété.

Guerre des polices, enquêtes bâclées
La police d'une part, la gendarmerie de l'autre, les juges d'instruction au milieu : les différentes enquêtes sont éparpillées, dans un contexte de restructuration du système judiciaire où chacun essaye de tirer la couverture à soi. Résultat : chaque service garde jalousement ses informations.


La cave où Dutroux cachait ses victimes
AFP-
Les gendarmes chargés de l'enquête "Julie-Mélissa" sont ainsi sur la piste de Dutroux dès juillet 1995. L'opération, secrète, est baptisée "Othello". Ils surveillent les maisons de leur suspect et profitent même de son incarcération dans l'affaire de trafic de camions pour prétexter une perquisition. Le 12 décembre, ils fouillent la cave où sont enfermées Julie et Mélissa, sans dénicher la cache. Il faudra attendre l'arrestation de Dutroux pour que le dossier soit centralisé à Neufchâteau.

Tous ces dysfonctionnements seront déballés au grand jour début 1997 lors des débats de la commission d'enquête parlementaire, spécialement créée pour l'occasion par le roi Albert II. Les audiences seront retransmises pendant deux mois en direct à la télévision.

LA BELGIQUE REVOLTEE
Mi-octobre 1996, le juge Connerotte participe à un "souper-spaghetti" de soutien à Sabine et Laetitia. Il est aussitôt dessaisi pour partialité. La décision révolte les Belges alors que grandissent les premières rumeurs sur un réseau de pédophilie géré par des notables.

Le 20 octobre, la "Marche Blanche", en présence de Sabine et Laetitia, réunit entre 300 000 et 350 000 personnes à Bruxelles. Les participants y manifestent aussi bien leur soutien aux victimes d'actes de pédophilie que leur rejet du système judiciaire. Et se remémorent la phrase lâchée par le procureur Bourlet en août : "J'irai jusqu'au bout si on me laisse faire...". L'affaire Dutroux devient affaire d'Etat.

UNE EVASION ROCAMBOLESQUE
Le 23 avril 1998, Marc Dutroux consulte son dossier au palais de Justice de Neufchâteau. Il s'évade en volant le pistolet non chargé d'un gendarme. Sa cavale ne dure que trois heures et demi, pendant lesquelles tout le monde craint qu'il ne soit abattu. La rumeur sur les "protections" dont il bénéficierait ressurgit de plus belle. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice démissionnent.

UN RESEAU ?
Dutroux agit-il pour le compte d'un réseau de pédophilie dirigé par des "puissants" ou est-il un "prédateur isolé" ? Les partisans des deux thèses, baptisés "croyants" et "incroyants", s'opposent fermement sur le sujet. Pour les premiers, c'est la seule manière d'expliquer la première libération de Dutroux, les errements et les oublis de l'enquête ou bien encore son évasion. Pour les seconds, il ne s'agit que d'une rumeur non fondée, ce à quoi conclut la commission d'enquête parlementaire.


Michel Nihoul
AFP-
Un homme attire néanmoins tous les regards : Michel Nihoul. Cet homme d'affaires sulfureux, aujourd'hui âgé de 62 ans, gravite dans le gotha bruxellois et organise, selon ses propres termes, des "partouzes" pour les personnalités. Son lien avec l'affaire ? Il a passé de nombreux coups de téléphone à Marc Dutroux avant et après l'enlèvement de Laetitia. Selon lui, c'était en vue de faire réparer sa voiture. Pour les "croyants", Marc Dutroux agissait sur ses ordres après les "commandes" de clients. Il devait ensuite "préparer" les filles et les remettre à Nihoul.

LE PROCES
Il s'ouvre le 1er mars 2004 devant la cour d'assises d'Arlon et devrait durer jusqu'à fin avril. Au total, le dossier fait 400 000 pages, l'acte d'accusation 72 et plus de 450 témoins devraient être entendus.

Marc Dutroux est notamment accusé des enlèvements, séquestrations, viols et meurtres de Julie, Mélissa, An et Eefje, des enlèvements, séquestrations et viols de Sabine et Laetitia, du meurtre de Bernard Weinstein et de plusieurs autres viols sur de jeunes slovaques. Sa femme et Michel Lelièvre comparaîtront avec lui, tout comme Michel Nihoul. Après avoir bénéficié au départ d'un non-lieu, ce dernier a notamment été renvoyé comme complice actif de l'enlèvement de Laetitia et membre de la bande organisée ayant séquestré les autres fillettes.

Selon ses avocats, Marc Dutroux, considéré comme un "prédateur isolé", plaidera la thèse du réseau dont il n'était qu'un simple exécutant.

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  • Fred : J avai connu effje en savoie elle etai pleine de vie je n ai jamais eu le courage de vous contacter sauf pendant l affaire ou j ai eu les grands parents au tel ps appelez moi que l on en parle

    Le 01/10/2009 à 23h31
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