Coup de sang écolo du Premier ministre de Tuvalu

Par AFP, le 19 février 2004 à 15h11 , mis à jour le 19 février 2004 à 15h24

Le Premier ministre de Tuvalu accuse le réchauffement planétaire d'être responsable des grandes marées qui s'apprêtent à submerger temporairement l'atoll polynésien. Il appelle les pays développés à l'aide.

Photo AFP © INTERNE

Tuvalu, dans le Pacifique, abrite 11.500 habitants répartis sur 9 atolls émergeant à moins de 4,5 m au dessus du niveau de la mer. L'archipel est frappé cette semaine par de très grandes marées liées à la nouvelle lune. Les premières vagues géantes ont déferlé jeudi mais le pire était attendu pour vendredi et samedi. Jeudi, les habitants luttaient moins contre l'impact sur le rivage que contre la montée de l'eau de mer par le sol à marée haute, inondant des maisons, des bureaux et une partie de l'aéroport.

Pour le Premier ministre Saufatu Sopo'aga, la nature n'est pas la principale responsable d'un phénomène qui s'accentue au fil des années. Le coupable est à rechercher du côté du réchauffement de la terre provoqué par l'homme, même si les experts sont divisés sur la question. "Les preuves sont là, et notre nation en souffre, que pouvons-nous dire d'autre, a dit M. Sopo'aga dans une interview à l'AFP. Nous n'avons pas besoin de nouvelles recherches scientifiques sur le phénomène de la montée du niveau des mers, nous y sommes déjà". Ce genre de marées se produisait épisodiquement dans le passé, mais tend à se répéter maintenant deux fois par an.

Le Premier ministre a reconnu que si certains habitants étaient inquiets, beaucoup paraissaient détendus. "La majorité de la population veut profiter de la vie. Ce sont de bons chrétiens et ils croient que Dieu a créé le monde, dont Tuvalu et les gens de Tuvalu. Ils croient que Dieu ne les abandonnera pas et prendra soin d'eux", ajoute-t-il. M. Sopo'aga a en tout cas promis que Tuvalu ne renoncerait pas.

"Nous ne partirons pas"

Le gouvernement veut bien aider ceux des habitants qui trouvent la situation insupportable et projettent de gagner la Nouvelle-Zélande ou d'autres îles du Pacifique comme Niue et Fidji. Mais "tant que Tuvalu sera au dessus du niveau de la mer, des gens resteront. Nous ne partirons pas", a-t-il dit. M. Sopo'aga a ajouté que, selon le droit international, Tuvalu continuerait à exercer sa souveraineté sur ses terres et la mer environnante tant qu'il resterait des terres émergées.

De l'eau jusqu'aux chevilles, une responsable de la météo ne mâche pas ses mots. "Je pense personnellement que les grandes nations sont responsables et devraient faire plus pour aider les petits pays", déclare Hilia Vavae. A chaque inondation, l'eau de mer inonde les zones de culture et les bananeraies. Quand elle atteint les racines des arbres, elle les tue.

Les autorités de Tuvalu ont depuis de nombreuses années averti les instances internationales du risque que constituait la montée des mers. Il y a dix ans, lors de négociations sur le Protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre, le Premier ministre de l'époque avait déclaré que les habitants de Tuvalu "seraient les premières victimes des changements de climat".

Photo : Une famille de Tuvalu les pieds dans l'eau (Torsten BLACKWOOD - AFP)²

Par AFP le 19 février 2004 à 15:11
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