© AFPQue retiendra-t-on finalement de la carrière si particulière de Marco Pantani ? Décédé samedi dans des circonstances troubles, le champion italien oscilla pendant plus de dix ans entre succès et échecs, entre ombre(s) et lumière(s).
D'un côté, un doublé Tour d'Italie-Tour de France en 1998 et, plus globalement, de fantastiques exploits en montagne. De l'autre, des soupçons de dopage, un long feuilleton juridico-sportif et une dépression, le cocktail aboutissant sans doute à cette mort à seulement 34 ans.
Mythe du grimpeur
Lorsqu'il déboule dans le peloton professionnel en 1992, Marco Pantani est déjà un cas à part. Son aspect physique -petit gabarit (1m70 pour à peine 60 kg), oreilles décollées, crâne rasé- lui vaut rapidement le surnom d'"Elefantino", "Petit éléphant". Mais c'est surtout son tempérament qui le distingue du lot. Alors que l'époque est aux rouleurs, ses qualités de grimpeur hors pair lui accordent le soutien sans faille du public. Sans calculer et sans se ménager, le "Pirate" n'hésite pas à se lancer à l'abordage dès que le peloton commence les ascensions des cols, comme Charly Gaul ou Federico Bahamontes en leurs temps. En 1994, pour sa première participation, il termine 3e du Tour de France. L'année suivante, il gagne deux étapes, dont celle mythique de l'Alpe-d'Huez.
Mais la malchance va doublement le rattraper. A l'automne 1995, sa carrière est brisée net quand il est renversé par une voiture lors de Milan-Turin. On craint qu'il ne soit perdu pour le cyclisme. Il mettra plus d'un an pour retrouver la compétition. Au Giro 1997, c'est un chat noir qui traverse devant lui sur la chaussée. La blessure est grave, mais il remonte sur le podium du Tour dès juillet.
Vainqueur du Tour… de l'affaire Festina
Symboliquement, sa carrière va connaître son apogée en 1998, l'année même où le cyclisme est au bord de l'implosion avec l'affaire Festina. Début juin, il devient tout d'abord le héros de toute l'Italie en ramenant le maillot rose d'un Giro taillé sur mesure en sa faveur. Avec son nouveau look -bandana et barbichette ont rejoint le crâne chauve-, il y a gagné un nouveau surnom, "il Pirata". Un mois plus tard, le "Pirate", cycliste désormais plus complet, se présente sur le Tour où la bataille s'annonce rude face à Virenque et Ullirch.
![]() Tour 1998 : Pantani attaque Ullrich dans le Galibier- Image France Télévisions |
Il n'a pas besoin de battre le premier, exclu. Il va atomiser le second dans une étape de légende. Dans des conditions dantesques -pluie, vent, neige fondue-, il démarre seul dans le mythique Galibier, à une quarantaine de kilomètres de l'arrivée fixée aux Deux-Alpes. Au terme de cette longue échappée solitaire, il laisse finalement son rival à plus de huit minutes, s'empare du Maillot Jaune et fait entrer l'adjectif "Pantanesque" dans le vocabulaire sportif. Premier Italien à s'imposer à Paris depuis Felice Gimondi en 1965, il restera néanmoins le vainqueur du "Tour du dopage", en gardant une rancune tenace contre les médias.
En 1999, toujours au sommet de sa forme, Marco Pantani domine le Giro de la tête et des épaules, A deux jours de l'arrivée, il porte le maillot rose. C'est avant un séisme dont les répliques le poursuivront jusqu'à sa mort : un contrôle sanguin révèle un taux d'hématocrite trop élevé, seul signe décelable d'une prise d'EPO. Comme le veut le règlement, il est exclu de la course, dans une atmosphère de scandale.
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Même s'il sera finalement acquitté et blanchi dans toutes ces affaires -comme beaucoup de cyclistes, il n'a d'ailleurs jamais été contrôlé positif-, il ne s'en remettra pas. En juin dernier, après un printemps pourtant prometteur -14e du Giro-, il entre dans une clinique de Padoue spécialisée dans les désintoxications et dans le traitement des maladies nerveuses. Depuis, vivant en reclus, sans équipe mais avec quinze kilos supplémentaires, il était sur le point de mettre définitivement un terme à sa carrière. Une mort avant la mort pour le champion et l'homme.
(photo d'ouverture, afp : Marco Pantani en 1998 sur le Tour de France)
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