© INTERNEUn monde de créatures bariolées, étranges comme des minotaures, petits et grands formats, sur un mur blanc. Un projecteur Super-8 bricolé qui projette sur une plaque de liège des images de parents endormis. D'immenses photographies en couleur d'enfants et de vieillards, aux couleurs denses comme des vues sous-marines. Telles sont quelques impressions d'une exposition qui se tient depuis le 6 février et jusqu'à la fin du mois à l'Espace Cargo 21, une petite boutique d'angle du quartier de la Goutte d'or, à Paris*.
La singularité de ces œuvres est qu'elles sont le fruit du travail d'artistes israéliens et palestiniens, mis en relation et soutenus par la jeune association française "Mémoire de l'avenir", présidée par l'artiste israélo-française Margalit Opman-Berriet. Alors que le président israélien Moshé Katzav effectue une visite d'Etat en France dans un contexte de tension extrême autour du Proche-Orient, cette femme délicate et d'une ténacité sans faille s'efforce, avec quelques fidèles qui ne comptent pas leurs efforts, de faire entendre une autre voix. Et de promouvoir une culture de la paix, quand la plupart des voix dans le monde ne chantent que la guerre, la haine et la victoire certaine.
tf1.fr — L'exposition de l'espace Cargo 21 à Paris est la première manifestation d'un projet plus vaste, de l'association "Mémoire de l'avenir"...
Margalit OPMAN-BERRIET — Elle est d'abord la continuation d'un travail antérieur, où il s'agissait de faire connaître aux uns et aux autres leur culture respective. Les six artistes exposées avaient auparavant participé à des travaux éducatifs, comme ce que nous sommes en train d'essayer de faire à Haïfa : faire travailler ensemble une école juive et une école arabe. Cela dit, bien qu'elles soient issues des cultures israélienne et palestinienne, ces six femmes sont différentes, expriment quelque chose de personnel, leur expérience et leur mémoire, leur manière de vivre la réalité.
Pour l'heure, l'activité de "Mémoire de l'avenir" se décline en plusieurs volets. D'abord sur le plan de l'éducation, où nous faisons travailler des enfants sur l'universalité, à travers les signes et les symboles. Ensuite, mettre un espace en commun pour les artistes israéliens, palestiniens, juifs, arabes et autres. L'association, qui est encore jeune, est en plein développement. Nous espérons d'ailleurs pouvoir obtenir le soutien de la mairie de Paris, de l'UNESCO et de l'Union européenne, afin, d'ici 2005, de réunir une quarantaine d'artistes dans un lieu unique.
tf1.fr — La guerre israélo-palestinienne est d'une violence extrême sur le terrain, tant du point de vue physique que psychologique, pour les non-combattants des deux côtés. Comment se passent les rapports entre les artistes que vous mettez en relation ?
M. O. B. — Ils sont excellents. Le souci de chacun est toujours de profiter d'abord de notre humanité commune : la douleur, la joie, l'amour, etc. Les premières rencontres sont toujours placées sous ce signe là. Certes, les conversations abordent parfois la question du conflit israélo-palestinien, mais jamais de manière politique ou religieuse. La guerre est abordée sous l'angle du savoir, de l'éducation, de la volonté de s'approcher de la réalité de l'autre. Nous sommes tellement nourris par un lavage de cerveau quotidien que les artistes que nous mettons en relation s'intéressent très vite à ce que les autres ont à dire. Ce conflit n'est au fond ni plus ni moins grave que les grands conflits qui déchirent la planète, comme la Tchétchénie ou le Rwanda. Mais il est devenu le symbole de la confrontation des trois grandes religions, puisqu'il est l'histoire de trois frères qui n'ont jamais réussi à partager la maison du père.
tf1.fr —
Vous n'êtes pas seulement la créatrice de l'association "Mémoire de l'avenir", vous êtes d'abord et surtout artiste peintre…M. O. B. — J'ai toujours eu du mal à considérer l'artiste comme une créature dédiée au commerce, à la décoration ou cantonnée à un discours solitaire. A mes yeux, l'artiste ne peut échapper à son rôle "social". Comme la politique, la religion ou l'Etat, l'art a une influence importante sur la façon dont évolue une société. J'ai donc toujours cherché à faire se rencontrer mon expression artistique et mes convictions personnelles. Etant née en Israël, je sais que l'ignorance et le manque de connaissance de l'autre est à la fois tragique et absurde. Une mère arabe et une mère juive pleurent leur enfant de la même manière. C'est avoir conscience de cela qui m'a poussé à vouloir réunir des artistes.
* : "Être né(e) nu(e)" à l'Espace Cargo 21. 21, rue Cavé, 75018 PARIS.
Du 6 au 29 février 2004. Portes ouvertes les 22 et 29 février. Photo ci-dessus : Droits réservés
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