© INTERNEQuatre jours pour sceller une nouvelle relation. Tel est l'objectif de la visite d'Etat que le président israélien Moshe Katzav effectue en France depuis ce lundi. Hormis le programme public prestigieux
(lire encadré ci-dessous), trois grands sujets politiques devraient être abordés par les deux présidents : les relations bilatérales, l'antisémitisme et le processus politique visant à résoudre le conflit qui déchire le Proche-Orient.La France et Israël ont des rapports souvent tendus dans le contexte de la deuxième Intifada, la France étant perçue par la plupart des responsables israéliens comme pro-arabe et systématiquement anti-israélienne. Or, Moshé Katzav s'efforcera de faire comprendre combien le poids de la France, qui bénéficie de l'aura d'une ancienne démocratie éclairée, peut être utile dans le climat de guerre actuel, si l'amitié israélo-française n'était pas aussi dépendante du processus de paix. "Jusqu'ici, le conflit israélo-palestinien et ses répercussions ont mis dans l'ombre les relations bilatérales entre la France et Israël. Pour le président Katzav, le temps est venu de séparer ces deux plans", a ainsi affirmé le porte-parole de la présidence israélienne.
"La France n'est pas antisémite"
La visite se déroulera aussi dans le contexte des récentes déclarations des autorités israéliennes, qui se sont inquiétées d'une vague d'agressions antisémites en France. "Le président Katzav considère le président Jacques Chirac comme l'un des plus authentiques combattants de l'antisémitisme", a toutefois expliqué le porte-parole de la présidence israélienne avant le départ de M. Katzav.
Après que quelques propos eurent été prononcés dans la classe politique et la presse israéliennes, le président Katzav a tenu à apaiser les esprits avant sa venue en France, dans une interview au Nouvel Observateur, où il martelait que "non, la France n'est pas antisémite". Le président israélien fera passer le message selon lequel, s'il est légitime de pouvoir critiquer la politique d'un pays, trop souvent cette attitude masque en réalité, selon lui, le vœux de la destruction d'un Etat juif au Proche-Orient. De son côté, Jacques Chirac fera valoir son intransigeance sur le sujet et le bilan du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Combattre le terrorisme ou abattre le "mur"
Enfin, Moshé Katzav entend demander à Jacques Chirac de peser de tout son poids sur le monde arabe, sur lequel il exerce une certaine influence pour que le terrorisme anti-israélien soit efficacement combattu. C'est la condition sine qua non, selon lui, pour que le processus de paix puisse être ravivé. Mais Jacques Chirac, vendredi dans un entretien avec le quotidien israélien Yediot Aharonot, a maintenu sa critique de la "barrière de séparation" en construction en Cisjordanie, estimant qu'elle n'était "pas conforme au droit international" et risquait de provoquer "davantage de colère" chez les Palestiniens. Il soulignait que "si Israël estime qu'une barrière peut être techniquement efficace, il faut néanmoins qu'elle soit juridiquement acceptable".
Eclat protocolaire |
La visite d'Etat de Moshé Katzav est la seconde jamais effectuée en France par un président israélien, la première ayant été celle du président Haïm Herzog en 1988. M. Katzav, un modéré du Likoud qui avait ravi de justesse le poste au travailliste Shimon Peres à la faveur d'un jeu parlementaire, est conscient de l'importance de cette visite, d'autant que sa charge de président est avant tout honorifique. "Il y a une affirmation symbolique forte" dans cette visite, que l'éclat du protocole ne manquera pas de rehausser, releve-t-on dans les milieux diplomatiques français. Moshé Katzav est arrivé ainsi lundi matin en France à bord d'un appareil d'El Al et a gagné ensuite en hélicoptère l'esplanade des Invalides, d'où un détachement de la garde républicaine à cheval a escorté son convoi jusqu'à l'hôtel Marigny, face à l'Elysée, où il réside. Le président israélien a été reçu par Jacques Chirac dans l'après-midi pour un entretien au palais de l'Elysée. Le chef de l'Etat français a accueilli son hôte au pied du perron du palais présidentiel, puis les deux dirigeants se sont serrés la main sous les objectifs des photographes et des cameramen. Tout le quartier autour de l'Elysée était sous haute surveillance policière, avec des tireurs d'élite visibles sur les toits. Dans l'après-midi, Moshé Katzav devrait déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu, au pied de l'arc de Triomphe, avant de recevoir le chef de la diplomatie française, Dominique de Villepin. Dans la soirée, il sera à nouveau l'hôte de Jacques Chirac pour un dîner d'Etat qui, à sa demande, sera strictement "casher". Un collectif d'organisations anti-racistes et politiques a appellé à une manifestation ce lundi à 18h30, place de la Bastille à Paris, pour protester "contre le mur d'annexion que les dirigeants israéliens érigent actuellement au sein des territoires palestiniens occupés". Les organisateurs de la manifestation sont entre autres les Alternatifs, les Verts, le PCF, la Ligue des droits de l'Homme, la Ligue communiste révolutionnaire et le MRAP. |
(photo : Moshé Katzav accueilli par Jacques Chirac à l'Elysée)
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