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Ces guerriers qui marchent sur Port-au-Prince

Edité par avec
le 01 mars 2004 à 17h23 , mis à jour le 02 mars 2004 à 16h30.
Temps de lecture
5min
Photo AFP

Crédits : INTERNE

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MondeAlors que la fuite du président haïtien Jean-Bertrand Aristide focalise toutes les attentions, l'organisation Human Rights Watch rappelle que le passé des chefs rebelles qui l'ont renversé fait craindre un bain de sang.

Lundi, les insurgés, comme on les appelle commodément, ont pénétré dans la capitale haïtienne où ils ont été accueillis en héros par une partie de la population. Un de leurs chefs, Guy Philippe, a même été reçu par l'opposition politique, qui jusqu'alors refusait toute rencontre. La question est maintenant de savoir quel pourrait être le rôle de ces hommes.

Si, de l'avis général, Jean-Bertrand Aristide était devenu un autocrate sans scrupules, despote et chef de milice à la fois, la réputation des rebelles insurgés d'Haïti est elle aussi entachée de sang. Ainsi, l'organisation de défense des droits de l'Homme américaine Human Rights Watch (HRW) a publié lundi un bref et édifiant curriculum-vitae des principaux chefs "des soldats recyclés et des paramilitaires en marche" sur Port-au-Prince.

Les groupes armés qui se sont soulevés contre le pouvoir d'Aristide sont divers. "Autour d'un solide noyau d'anciens officiers et de soldats de l'armée dissoute d'Haïti, écrit HRW, les rebelles comptent aussi des gangs qui ont soutenu le gouvernement, avant de se retourner contre lui". Et dans les rangs de la rébellion, la situation est à ce point paradoxale qu'aux Gonaïves, le chef de bande Butteur Métayer partage le pouvoir avec Jean-Pierre Baptiste dit "Jean Tatoune", l'homme qui a massacré une partie de sa famille.


DR
Guy Philippe, lui, s'est proclamé chef des forces insurrectionnelles et c'est à ce titre qu'il est entré lundi le premier dans Port-au-Prince, avec ses hommes. Lundi, l'opposition politique et le patronat ont accepté d'en faire leur interlocuteur, revenant ainsi sur leur position précédente. Agé de 35 ans depuis dimanche, l'homme est un policier de carrière, formé au métier de soldat par les Américains en Equateur. Officier à partir de 1995, il a été en poste à Ouanaminthe et Delmas, une grande périphérie du nord de Port-au-Prince. C'est là qu'il a exercé une autorité brutale, une mission civile de l'ONU ayant dénombré de nombreuses exécutions sommaires de membres de gangs locaux, perpétrées de la main de son adjoint, Berthony Bazile.

En octobre 2000, Guy Philippe a fui Haïti, alors que le gouvernement Aristide avait ordonné son arrestation, ainsi que celle de plusieurs autres officiers, pour avoir ourdi un coup d'Etat.


Photo : Roberto
Schmidt (AFP)
Louis-Jodel Chamblainest pour HRW "la figure la plus dérangeante" du leadership rebelle. Jusqu'en 1989-90, il sert en tant que sergent dans les Forces armées d'Haïti (FAd'H). Il quitte alors le corps spécial des "Léopards" et ne réapparaît qu'en 1993 en co-fondant — aux côtés du médiatique Emmanuel "Toto" Constant, d'une avocat depuis assassinée et d'un haut responsable duvaliériste — le Front révolutionnaire pour l'avancement et le progrès haïtien (FRAPH).

Deux fois condamné à la prison à vie pour le meurtre de l'homme d'affaires Antoine Izméry et sa participation au massacre de Raboteau en 1994 (lire ci-dessous), il est également impliqué dans la liquidation à la mitrailleuse du ministre de la Justice Guy Malary et son garde-du-corps. Réfugié en République domicaine après le débarquement des US Marines en 1994, il a fait sa réapparition au début de l'année 2004 à la tête des commandos qui ont pris les villes du Plateau central, dont la capitale régionale Hinche.

Jean "Tatoune", de son vrai nom Jean-Pierre Baptiste, est un caïd des Gonaïves, aujourd'hui membre éminent du Front de résistance de l'Artibonite. Celèbre leader anti-Duvalier en 1985 dans la ville, il s'engage dans les rangs des FRAPH sous le régime militaire qui a renversé pour la première fois le président Aristide. Mais il fut aussi l'un des tueurs militaires et paramilitaires qui, en avril 1994, ont massacré une quinzaine de personnes dans le quartier pauvre de Raboteau, aux Gonaïves, dont une partie de la famille du caïd local Amiot Métayer. Emprisonné et condamné à la prison à vie, il s'est échappé avec 150 co-détenus en août 2002 lorsque "l'Armée cannibale" a pris d'assaut la prison locale.

Le même Amiot Métayer, leader des "cannibales" des Gonaïves, a été retrouvé assassiné en septembre 2003, ce qui a contribué à remettre le feu aux poudres dans cette ville du nord, aux traditions insurrectionnelles. Son frère Butteur a pris sa suite, l'ancien massacreur de Raboteau Jean "Tatoune" à ses côtés.

Photo : Louis-Jodel Chamblain et l'un de ses hommes, à son entrée dans Hinche (Roberto SCHMIDT - AFP)

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