L'Europe, continent de droite

Par Léonard VINCENT, le 09 mars 2004 à 00h00 , mis à jour le 09 mars 2004 à 10h02

Après avoir été le laboratoire de la social-démocratie, l'Union européenne est devenue un terrain de conquête pour la droite. Dimanche, la Grèce est devenu le neuvième pays à basculer en quelques années.

Photo AFP © INTERNE

Ainsi, dimanche, la Grèce a lâché à son tour ses gouvernants de gauche. Après avoir été jusque dans les années 90 le continent de la social-démocratie de Willy Brandt et Jacques Delors, des espoirs de la gauche socialiste incarnés par François Mitterrand ou Mario Soares, l'Europe est devenue au fil des années un continent de plus en plus gouverné à droite. Inventaire.

1.
C'est en Espagne qu'a commencé le mouvement de sape qui, depuis plusieurs années, chasse méthodiquement la gauche du pouvoir en Europe. Le 12 mars 2000, le Parti populaire du Premier ministre José Maria Aznar, aux affaires depuis quatre ans, rafle une ample majorité absolue à la chambre basse des "Cortes generales", le parlement du Royaume d'Espagne. Les partis socialiste et communiste, alliés de circonstances plus que de cœur, ne sont pas parvenus pas à réveiller une campagne atone, maladroitement menée dans un contexte économique florissant. L'Espagne est et demeure à droite.

2.
Quatorze mois plus tard, les Italiens élisent Silvio Berlusconi à la tête de leur gouvernement, malgré les mises en garde des "barons" européens. Le "Cavaliere" débarque en effet au pouvoir le 13 mai 2001 à la tête d'une "Maison des Libertés" peuplée de technocrates libéraux et d'élus de la droite classique, mais aussi de quelques post-fascistes d'Alliance nationale et des folkloristes xénophobes de la Ligue du nord. Après avoir été refondée après-guerre sur l'antifascisme et le parlementarisme favorisant le centrisme, l'Italie ose un populisme agitateur, unique en Europe.

3.
Le 10 septembre 2001, c'est en Scandinavie que la vague conservatrice emporte un pan de la gauche européenne loin du pouvoir. Les électeurs norvégiens infligent aux travaillistes leur plus importante défaite depuis 1909 : avec 24,4% des suffrages, ils ne sont pas en mesure de reformer un gouvernement pour le royaume. Le vieux parti conservateur de Jan Petersen, avec 20,6% des voix, en termine avec dix ans d'opposition. La Norvège est désormais gouvernée par un démocrate-chrétien.

4.
Dans la foulée, le Danemark, dont l'électorat, contrairement à la quasi-totalité du panorama politique, venait de dire "non" à l'Euro, se donne au groupe "bourgeois" d'Anders Fogh Rasmussen le 21 novembre 2001, chassant pour la première fois en 72 ans les sociaux-démocrates du pouvoir. Même s'ils obtiennent 52 députés sur 179, les socialistes sont talonnés par l'extrême-droite "à poigne" du Parti du peuple danois, devenue la troisième force politique du royaume. Du reste, celle-ci célèbre un jour de "victoire".

5.
En mars 2002 au Portugal, le centre-droit évince les socialistes du gouvernement, selon un scénario devenu classique : désarroi de l'électorat de la gauche non-communiste, campagne électorale morne, abstention élevée. Pour les Portugais, le bon bilan de six ans de gouvernance socialiste ne parvient pas à masquer une inflation à 4,3%, une croissance proche de 0%, un déficit galopant et une perte de contrôle des leviers économiques, due selon eux à une intégration européenne accusée de tout et de n'importe quoi.

6.
Un mois plus tard, le 21 avril 2002, la France à son tour bascule à droite, après cinq ans de cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. Le scénario, ici, bouleverse le paysage classique qui prévaut dans les grandes démocraties occidentales : le président sortant, conservateur gaulliste, concourt au deuxième tour contre un tribun d'extrême-droite. Les appareils et l'électorat de la gauche socialiste et communiste se sont effondrés.

7.
Après avoir formé un gouvernement avec l'extrême-droite de Jörg Haider début 2000 et avoir poussé l'Europe à mettre le pays au ban de l'Union, la droite conservatrice confirme sa prédominance en Autriche le 24 novembre 2002. Même si les provocateurs populistes du FPÖ s'écroulent à 10% des suffrages, ils conservent six portefeuilles ministériels. Et l'Autriche reste résolument à droite, envers et contre tout.

8.
Le 22 janvier 2003, enfin, ce sont les Pays-Bas qui quittent la famille social-démocrate européenne. Après une courte victoire, les chrétiens-démocrates, les libéraux et les centristes forment un gouvernement, alors que le bloc travailliste est exclu in extremis des affaires. Entre-temps, à force de chicaneries internes, le parti du "dandy populiste" Pim Fortuyn, assassiné en mai 2002, ne confirme pas l'ascension spectaculaire d'un nouveau communautarisme urbain, fait d'un zeste de xénophobie et de libéralisme à l'américaine qui avait brièvement séduit l'électorat. L'équilibre gauche-droite a résisté au Pays-Bas plus qu'ailleurs.

Photo : Costas Caramanlis, leader de Nea Demokratie, le parti conservateur grec
vainqueur des législatives de dimanche (Pantelis Saitas - AFP)

Par Léonard VINCENT le 09 mars 2004 à 00:00
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