Lassitude dans les urnes grecques

Par Léonard VINCENT, le 06 mars 2004 à 00h00 , mis à jour le 05 mars 2004 à 18h22

Les Grecs sont appelés ce dimanche à élire leurs parlementaires. La droite a une chance de chasser les socialistes du pouvoir, profitant d'un climat de désillusion généralisée, malgré le relatif bon bilan des dix ans de gestion du PASOK.

Photo AFP © INTERNE

"L'alternative, c'est quoi ? Papandréou ou Caramanlis ? Caramanlis ou Papandréou ?" Anatoli, 23 ans, pince ses lèvres et penche légèrement la tête en arrière, cette moue qui en Grèce veut dire "non". Pourtant, cette jeune étudiante originaire d'Athènes a fait comme 50.000 Grecs de l'étranger, en profitant des tarifs réduits mis à disposition par le gouvernement pour rentrer au pays et aller voter, puisque c'est obligatoire.

Mais choisir entre le pondéré Giorgos Papandréou, actuel ministre des Affaires étrangères, figure montante du vieux Parti socialiste (PASOK), et l'apparatchik du parti de la droite Nouvelle démocratie (ND), l'avocat libéral Costas Caramanlis ? Même si Anatoli avoue un penchant à gauche, le cœur n'y est pas.

Dix ans de "système PASOK" ont certes fait de la Grèce d'aujourd'hui une démocratie énergique de l'Europe du sud, un membre fondateur du club Euro, une puissance influente dans les Balkans et en Méditerranée orientale, l'organisatrice des Jeux Olympiques 2004 et un porte-voix respecté des "petits" pays à Bruxelles. Mais la lassitude a gagné l'électorat, fatigué, comme Anatoli, par "toutes ces choses qui ne marchent pas". Systèmes de santé et d'éducation bringuebalants, bureaucratie, corruption, immigration albanaise mal maîtrisée, couverture sociale insuffisante, salaires bas : les griefs envers les socialistes de Costas Simitis, le Premier ministre sortant, sont nombreux.

L'héritier contre l'inexpérimenté

Si "Yorgakis" ("Petit Georges") Papandréou, fils du légendaire fondateur du PASOK et Premier ministre de 93 à 96, petit-fils d'homme d'Etat, est un européen moderne, relais d'une société civile émergente, il incarne néamoins un énième visage du parti qui pilote la Grèce depuis dix ans. Parlementaire à 29 ans, sous-ministre de son père, partisan de la dépénalisation de l'usage du cannabis, antiraciste militant, il reste "l'héritier". Beaucoup de Grecs ont désormais envie d'autres visages, sans croire forcément à une autre politique.

Pour autant, le vote pour une droite encore très marquée par ce nationalisme rococo qui fit les grandes heures de l'avant coup d'Etat de 67, et une alliance objective avec une Eglise orthodoxe très conservatrice, ne sera pas automatique. Le Parti communiste (KKE), qui végète autour des 5%, est encore présent dans un pays où l'ultra-gauche garde une image valorisée par sa lutte contre la dictature et où l'anti-américanisme populaire trouve une caisse de résonance. De l'autre côté, l'extrême-droite des militaires, des notables et des couches populaires exaspérées peut encore trouver son électorat.

Mais enfin, d'après les sondages, beaucoup de Grecs vont voter pour la Nouvelle démocratie rénovée et unie que le "petit Costas" a réussi à fédérer, après une interminable guerre des clans. Le jeune neveu de l'homme d'Etat que fut Constantin Caramanlis a donc ses chances pour diriger le prochain gouvernement grec, malgré son programme économique flou, son nationalisme à géométrie variable, son physique pataud et son inexpérience gouvernementale. "Et puis alors, ça va changer quoi ?" soupire Anatoli.

Photo : Les affiches électorales de Nea Demokratia (en haut) et du
PASOK (en bas) dans une rue d'Athènes, le 1er mars (Aris MESSINIS - AFP)

Par Léonard VINCENT le 06 mars 2004 à 00:00
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