© INTERNEQuelles conséquences sur les législatives qui se tiennent ce dimanche en Espagne vont avoir la découverte d'une cassette d'Al Qaïda revendiquant les attentats de Madrid et l'annonce des arrestations de samedi ? Jusqu'à présent, le Parti Populaire (PP, droite) semblait devoir l'emporter haut la main. Mais la polémique sur les responsabilités des attentats de Madrid pourrait changer la donne et modifier significativement le vote des Espagnols. A la veille du scrutin, une source proche du Parti Populaire au Pays Basque estimait que s'il s'avérait que les auteurs de l'attentat étaient membres de l'ETA, le PP obtiendrait des voix supplémentaires et qu'en revanche, s'ils étaient d'Al-Qaida, l'effet serait de défavoriser le parti au pouvoir.
Or, la prudence affichée samedi soir par le ministre espagnol de l'Intérieur, lors de l'annonce de cinq arrestations (celles de trois Marocains et deux Indiens), puis lors de l'annonce du contenu de la cassette vidéo, ne peuvent masquer le fait que l'hypothèse ETA est de moins en moins crédible. Pourtant, le gouvernement espagnol le répétait depuis jeudi : ETA était le coupable le plus probable de ces actions terroristes. Avant ces annonces de la soirée, le ministre de l'Intérieur l’avait d'ailleurs encore affirmé en cours de journée : "la ligne prioritaire doit être l'organisation terroriste qui agit de manière prioritaire en Espagne. C'est ce que dictent la logique et le bon sens. En plus, c'est la priorité de nos forces de sécurité".
"Aznar, coupable, tu es responsable"
Cette désignation systématique d’ETA a troublé nombre d’Espagnols. Le gouvernement a-t-il tenté de rejeter la faute sur ETA en minimisant d'autres indices ? C'est ce que semblaient suggérer samedi des informations du quotidien El Pais, lequel a affirmé que les ambassadeurs espagnols avaient reçu des instructions pour accuser l'organisation séparatiste basque. Face à ces soupçons de manipulation d'information, le dirigeant nationaliste catalan Pere Macias, de la formation Convergence et Union (CiU), a mis en garde le gouvernement espagnol contre toute "rétention d'information" ou "tromperie" qui pourrait provoquer une "crise morale et politique aux conséquences imprévisibles".
Samedi en fin de journée, alors même que le ministre espagnol de l'Intérieur s'apprêtait à annoncer les premières arrestations, deux à trois mille personnes, selon la police, se sont rassemblées devant le siège du PP pour exiger toute la vérité sur les attentats, avant les législatives. Le rassemblement avait été organisé par une cinquantaine d'organisations altermondialistes, dont ATTAC, avec l'envoi en chaîne de SMS et de mails. Un mouvement qualifié de "fait grave et antidémocratique" par le candidat du PP à la présidence du gouvernement, Mariano Rajoy. "Aznar, coupable, tu es responsable", "ça se voit, ça se sent, le gouvernement ment", "nous, nous avons dit non à la guerre" : tels étaient les slogans qui fleurissaient sur les pancartes.
"Les islamistes ont des raisons de se venger. C'est le peuple qui paie une décision du gouvernement", résumait une manifestante, étudiante en sociologie, présente aux manifestations pacifistes de 2003 contre la guerre en Irak. "Voter sans savoir ce qui s'est passé me paraît très grave", affirmait un autre. Le sentiment de ces manifestants était en effet que la population espagnole a été frappée par un attentat planifié et mis en œuvre par des terroristes islamistes, en représailles au soutien du gouvernement espagnol à la guerre en Irak. Un soutien largement dénoncé alors par les Espagnols…
Photo d’ouverture : samedi, une manifestation contre le gouvernement espagnol au pays basque - DR
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