© INTERNEUne marée humaine formée de dizaines de milliers de Palestiniens est descendue dans les rues de la bande de Gaza lundi pour suivre la procession funéraire de cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel du Hamas, tué à l'aube par des tirs d'hélicoptère israélien. Un cortège formé d'une vingtaine de policiers palestiniens a escorté hors de l'hôpital le cercueil transportant le corps du dignitaire et fondateur de l'un des mouvements politico-terroristes les plus puissants du Proche-Orient, tandis qu'une foule immense criait vengeance.
Depuis le matin, des hommes en armes s'étaient mélés à la foule des protestaires dans toute la bande de Gaza. Des voitures circulaient et diffusaient par haut-parleurs des appels à la vengeance ou des enregistrements des prêches de cheikh Yassine. Des versets du Coran étaient diffusés depuis les mosquées. Dans les villes, des groupes d'adolescents ont enflammé des pneus au milieu des routes, laissant s'échapper des colonnes de fumée noire au-dessus de toute la zone. La radio palestinienne, Voix de la Palestine, diffuse depuis lundi matin des verset du Coran et des chants patriotiques. Trois jours de deuil général ont été décrétés par l'Autorité autonome.
Grève générale à Jérusalem-est
Les Palestiniens de Jérusalem-est ont aussitôt déclenché une grève générale. Sur l'Esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, des manifestants ont lancé une pluie de pierres sur les soldats israéliens assurant la sécurité du secteur. La police a riposte avec des tirs de gaz lacrymogène. Au nord de la Ville sainte, une centaine de Palestiniens se sont rassemblés près d'un checkpoint israélien, sur lequel il ont également lancé des pierres.
A Ramallah, des manifestants se sont rassemblés devant le QG de la présidence palestinienne, mais Yasser Arafat a refusé de sortir du bâtiment. Au fronton de la Moukataa, le drapeau palestinien a toutefois été mis en berne. A Jénine et Naplouse, deux fiefs islamistes de Cisjordanie, des manifestations de toutes les organisations palestiniennes ont été organisées. "La première riposte à cet assassinat viendra de Jénine", a promis Zakaria al-Zoubeidi, un chef local des "Brigades des martyrs d'al-Aqsa", un groupe armé issu du Fatah de Yasser Arafat. Des hommes brandissant des armes et portant des ceintures d'explosifs factices étaient visibles dans la foule. Des roquettes artisanales ont été tirées toute la journée sur les checkpoints de l'armée dans la bande de Gaza. Les forces de sécurité israéliennes ont été placés en état d'alerte générale sur tout le territoire.
A la frontière du Liban, plus de 65 roquettes et obus de mortier ont été tirées en direction de six positions de l'armée israélienne dans le secteur contesté des fermes de Chebaa, conquis par Israël sur la Syrie en 1967 et revendiqué par Beyrouth avec l'appui de Damas. Des chasseurs-bombardiers israéliens ont aussitôt mené un raid contre le village libanais frontalier de Kfarchouba, lançant deux missiles air-sol sur ses environs. L'artillerie de campagne israélienne est ensuite entrée en action, tirant des obus de 155 mm sur cette région escarpée.
"Les portes de l'enfer"
La direction du Hamas, en annonçant la mort de son guide, a déclaré que le Premier ministre israélien Ariel Sharon avait "ouvert les portes de l'enfer" et que "rien ne [l']empêchera de lui couper la tête". Ismaël Haniya, le chef du cabinet de cheikh Yassine, a déclaré que "la Palestine" allait "se transformer en un volcan" qui allait "brûler ses ennemis". "La guerre est désormais ouverte avec ces assassins, ces criminels et ces terroristes", a quant à lui déclaré le dirigeant politique du Hamas, Abdelaziz Al-Rantissi, dans une déclaration diffusée par la chaîne de télévision Al-Arabiya, avertissant les Israéliens qu'"ils n'auront plus de sécurité qu'en dehors de la Palestine".
Estimant que les Etats-Unis était complice d'Israël, la direction du mouvement avait également lancé un appel à riposter contre "l'administration terroriste américaine". Les "Brigades des martyrs d'al-Aqsa" ont expliqué qu'Ariel Sharon venait de "signer l'arrêt de mort de dizaines de sionistes, en Israël et à l'étranger".
Cheikh Yassine, ainsi que sept de ses gardes du corps, ont été tués sur le coup lundi à 5 heures du matin, alors qu'il quittait la mosquée où il était venu prier. Un hélicoptère israélien a tiré trois missiles sur la voiture dans laquelle venait d'être installé cet homme de 67 ans, circulant en chaise roulante. Selon Radio Israël, Ariel Sharon a personnellement donné son feu vert à l'élimination du "guide" du Hamas et supervisé le raid depuis son ranch du Néguev. Le cabinet de sécurité israélien avait décidé d'intensifier ses opérations contre les mouvements armés palestiniens en représailles à un double attentat dans le port d'Ashdod mardi dernier qui avait fait dix morts.
Deux agressions en Israël |
Lundi matin, au moins trois Israéliens ont été blessées lors d'une attaque menée par un assaillant armé d'une hache près de Tel-Aviv. "L'assaillant est un jeune terroriste palestinien venu des territoires" palestiniens, a précisé la police, confirmant une information donnée auparavant par la radio. Après être descendu d'une voiture, "l'assaillant a attaqué à la hache et blessé légèrement trois personnes, près d'une base de l'armée israélienne à Ramat Gan" près de Tel-Aviv, a-t-on précisé. Il a été arrêté après l'attaque. Plus tard dans la journée, deux personnes ont été légèrement blessées à coups de couteau dans un autobus à Jaffa, près de Tel-Aviv, par un agresseur, probablement arabe, qui a réussi à prendre la fuite. |
Photo : Un membre du Hamas embrasse le cadavre de Cheikh Yassine (DR)
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