© INTERNEBien sûr, tuer cheikh Yassine, c'était frapper durement l'un des plus farouches ennemis d'Israël. Mais s'il a été brutalement éliminé, ce n'est pas seulement parce qu'il était le "guide spirituel" d'un des mouvements palestiniens les plus craints par Israël pour sa rage de destruction. C'est aussi parce que le Premier ministre Ariel Sharon a estimé le moment opportun, dans le cadre de sa recomposition globale du rapport d'Israël avec les Palestiniens.
D'une part, à ses yeux, l'assassinat du fondateur du Hamas empêcherait le mouvement islamiste de clamer victoire, après qu'Israël eut engagé le "plan de séparation" annoncé depuis des semaines. La branche palestinienne des Frères musulmans est vue par beaucoup de Palestiniens comme un mouvement intègre, face à une Autorité autonome corrompue, dont la stratégie guerrière aurait prouvé son efficacité, contrairement à la stratégie diplomatique stérile du Fatah. Or, après un acte aussi politiquement stupéfiant, le Hamas ne pourrait plus affirmer que le retrait israélien hors de la bande de Gaza aurait été obtenu à force d'opérations terroristes, comme le Hezbollah libanais s'en était targué en mai 2000 lorsque Tsahal avait quitté le sud-Liban sur ordre du travailliste Ehud Barak.
Parallèlement, Ariel Sharon offre ainsi un gage de fermeté à l'aile droite du Likoud et aux organisations de colons rendues furieuses par l'annonce du "renoncement" à la bande de Gaza. Il pense apparemment que la disparition de Yassine, présentée comme l'application du "droit naturel" à poursuivre ceux qui ont juré la disparition des Juifs, amènera en outre les autres dirigeants du Hamas à adopter un profil bas, malgré leur rhétorique guerrière.
Trouble dans l'Autorité
D'autre part, décapiter le Hamas permettrait aussi à Sharon de perturber les plans de l'Autorité palestinienne. Personne ne songeait en effet à la possibilité pour le Hamas de déposer les armes après un retrait d'Israël. Avant tout, le mouvement n'en a pas la volonté. Ensuite, l'Autorité autonome n'a pas les moyens de l'y forcer. Du reste, ces dernières années, ses opérations de police contre les cadres du Hamas se sont soldés la plupart du temps par des combats à la Kalachnikov.
Or, le Hamas ne cachait pas sa volonté de prendre le contrôle de la bande de Gaza, ce tout petit territoire côtier surpeuplé et miséreux à la frontière de l'Egypte où vit l'essentiel de sa direction. Au début du mois, cheikh Yassine avait d'ailleurs annoncé le dévoilement imminent d'un "plan global" règlant sa participation dans la gestion des affaires après le retrait israélien. Le très puissant chef local de la Sécurité préventive pensait qu'il pouvait s'agir de l'instauration d'un "gouvernement parallèle" du Hamas à Gaza, comme celui que le Hezbollah libanais avait instauré après l'évacuation israélienne. Et cela en accord avec une Autorité palestinienne acculée à la collaboration.
Du coup, pour Sharon, l'élimination de cheikh Yassine forcerait l'Autorité d'Arafat à dévoiler son vrai visage. Pour beaucoup de commentateurs israéliens, les trois jours de deuil national décrétés par Arafat, les drapeaux en berne, l'escorte policière du cercueil du "chef terroriste" prouvent si besoin était l'étroite imbrication des mouvements armés et de l'Autorité. On voit mal des chefs d'Etat occidentaux, qui s'attachent à unanimement condamner le terrorisme, s'associer au deuil de l'exécutif palestinien.
Contre-argument pour un Etat
Si l'armée israélienne évacuait Gaza demain, que resterait-il donc à Yasser Arafat ? Un territoire où des forces de sécurité divisées et impopulaires ne peuvent assurer l'ordre public. Un mouvement politico-terroriste incontournable à tous les niveaux de la société, des syndicats aux municipalités, vivant dans l'ombre de son grand martyr Yassine. Bref, l'anarchie et le chaos. De quoi, pour Ariel Sharon, montrer à la communauté internationale que l'instauration dans ces conditions d'un Etat palestinien serait une folie et un danger.
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