Report surprise du sommet arabe de Tunis

Par D.S. avec AFP, le 28 mars 2004 à 09h48 , mis à jour le 28 mars 2004 à 13h22

La Tunisie a décidé le report sine die d'un sommet arabe qui, selon elle, semblait mal parti en raison de divergences sur les réformes. Les autres participants se sont étonnés de cette décision. Israël y voit "un signe positif".

Photo : Fethi Belaid (AFP) © INTERNE

Coup de théâtre à Tunis. Le sommet arabe n'aura pas lieu à partir de lundi prochain comme prévu mais est reporté sine die. Alors que les ministres arabes des Affaires étrangères poursuivaient des réunions à huis-clos samedi soir pour tenter d'adopter des documents sur un plan de réformes et sur le conflit arabo-israélien, le chef de la diplomatie tunisienne leur a annoncé la décision de son pays de reporter le sommet.

Le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, a estimé que ce report aurait "des conséquences dangereuses sur l'action arabe commune". Mais, a-t-il admis, "nous ne devons pas faire assumer à la Tunisie seule la responsabilité" de cet échec. Selon le secrétaire d'Etat tunisien aux Affaires étrangères, "des dissensions" sont apparues sur des propositions que son pays considère comme "essentielles". A savoir notamment, des amendements "destinés à renforcer la démocratie, les droits de l'Homme, le rôle de la femme et de la société civile", a précisé Hatem ben Salem.

Incompréhension

Dimanche à la mi-journée, l'Egypte s'est déclarée prête à accueillir un sommet au Caire "au plus vite" afin de ne pas prolonger la crise. Quoiqu'il en soit, ce report est d'un fait sans précédent, semble-t-il, dans les annales de la Ligue arabe. "Nous sommes étonnés car non seulement il n'y avait pas de dissensions profondes, mais en fait le plan de réformes venait d'être approuvé", a déclaré un ministre arabe à l'AFP. "Nous étions parvenus à la dernière phrase du document des réformes arabes  et contrairement à ce que la Tunisie a prétendu, les remarques et les amendements qu'elle proposait avaient été inclus dans le document par la commission de rédaction", a ajouté ce ministre.

Un autre ministre des Affaires étrangères s'est plaint de ce que la Tunisie "refuse de fournir les véritables raisons qui l'ont poussée à décider de cette annulation". Selon l'agence officielle Mena, le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali a refusé de recevoir les ministres arabes qui voulaient l'interroger sur le report du sommet arabe.

"Signe positif"

Le Conseil de gouvernement intérimaire irakien a regretté ce report qui, a-t-il dit, intervient à un moment où le Proche-Orient traverse une phase "délicate et dangereuse". Les Palestiniens ont également regretté ce report, qui risque, selon leur ministre chargé des négociations avec Israël, Saëb Erakat, d'"encourager l'agression israélienne" contre les Palestiniens. "Nous espérions que les pays arabes relèveraient le défi, mais ils ont baissé les bras", a déploré le nouveau chef du Hamas, Abdelaziz al-Rantissi, qui espérait que le sommet se montrerait uni après l'assassinat par Israël du chef suprême du Hamas, cheikh Ahmad Yassine.

Côté israélien, un haut responsable contacté par l'AFP a estimé qu'il s'agissait d' "un signe positif qui montre que le monde arabe change et que l'hostilité envers Israël ne suffit plus pour constituer un dénominateur commun". Mais selon lui, le report est dû à la "crise qui traverse le monde arabe à la suite de l'intervention américaine en Irak".

 (Image TF1 d'archives : le président Ben Ali)

Par D.S. avec AFP le 28 mars 2004 à 09:48
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