Rwanda : le rapport qui accable Kagamé

Par Léonard VINCENT, le 09 mars 2004 à 17h39 , mis à jour le 09 mars 2004 à 18h43

Selon Le Monde, le juge antiterroriste Jean-Louis Brugière a bouclé son enquête sur la mort du président rwandais en avril 1994, élément déclencheur du génocide. Ses conclusions sont accablantes pour l'actuel président Paul Kagamé, accusé d'être le "commanditaire" de l'assassinat.

[Expiré] [Expiré] Kagame Paul Rwanda président (AFP) © AFP

Qui a tiré un missile sol-air contre le Falcon-50 du président rwandais Juvénal Habyarimana, alors en phase d'approche au-dessus de Kigali, le 6 avril 1994 ? La réponse dépasse de loin la simple enquête de police. Car le crash qui coûta la vie au président hutu du Rwanda, à son homologue burundais, à plusieurs ministres et à un équipage français fut l'élément déclencheur du premier génocide en territoire africain.

En mars 1998, après le dépôt d'une plainte par les proches du pilote français Jacky Héraud tué dans l'attentat, une enquête pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" a été confiée au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Le Monde daté de mercredi révèle que la Division nationale antiterroriste (DNAT) a rendu son rapport de synthèse le 30 janvier, bouclant ainsi quatre ans d'enquête. Selon le quotidien qui a eu accès aux 220 pages du rapport, la conclusion de la police française est cinglante : l'actuel président rwandais et ancien chef rebelle tutsi, Paul Kagamé, serait le principal "commanditaire" de l'attentat, qui aurait été perpétré par un "network commando" formé d'officiers de son mouvement armé, le Front patriotique rwandais (FPR).

Le rapport de police compilerait ainsi une foule de pièces accablantes : dépositions détaillés des membres du commando, preuves que les deux missiles SA-16 tirés sur le Falcon présidentiel provenaient d'un lot vendu "d'Etat à Etat" par l'Union soviétique à l'Ouganda, mentor et base arrière du FPR, récit des obstructions répétées de l'ONU à toute enquête mettant en cause le régime Kagamé, etc.

Sacrifier ses frères "de l'intérieur"

Mais comment justifier qu'en plein processus de transition, le FPR, mouvement d'opposition, puisse pousser ses pires ennemis à massacrer ses frères tutsis ? L'un des membres du "network commando" cités par Le Monde, le capitaine Abdul Ruzibiza, avance une idée. Paul Kagamé, chef d'un mouvement né dans la diaspora, "n'avait que peu de considération pour les Tutsis de l'intérieur qui étaient presque assimilés à ses yeux aux Hutus. Les Tutsis de l'intérieur étaient des ennemis potentiels qu'il fallait éliminer au même titre que les Hutus pour prendre le pouvoir, objectif essentiel de Paul Kagamé." Un sinistre calcul qui, malgré tout, aurait réussi, puisque ce n'est que la victoire militaire du FPR qui stoppa le génocide, en juillet 1994.

Du reste, l'interruption du processus de transition, initié par les accords de partage du pouvoir signés à Arusha en août 1993, n'était pas forcément défavorable au FPR. Certes, selon les termes de ces accords, les Tutsis, exclus du pouvoir depuis 1959, doivent intégrer l'armée rwandais en force, avec près de la moitié du corps des officiers. Mais le président Habyarimana gagne du temps, enlisant le processus politique. A ses côtés, les factions hutues restent puissantes. Les Tutsis, divisés, perdent l'avantage que leur avait procuré l'offensive militaire du FPR, stoppé à 40 kilomètres de la capitale en février 1993. Pour les cadres ambitieux du FPR, la victoire militaire semble à portée de main, pour peu que le processus d'Arusha s'effondre.

Immunité présidentielle

A terme, même si le FPR a réaffirmé mardi que l'article du monde n'apporte "aucune preuve", cette grave mise en cause pourrait déboucher sur le lancement de mandats d'arrêts contre les personnes citées. En revanche, Paul Kagamé, jouissant de l'immunité des chefs d'Etat, ne pourrait être visé. Il devrait ainsi présider tranquillement les commémorations du dixième anniversaire du déclenchement du génocide le mois prochain, en présence de chefs d'Etat du monde entier.

  • Rwanda : nouvelle révélation dans l'élément déclencheur du génocide

    Le rapport d'expertise judiciaire sur l'attentat de 1994 contre l'avion du président rwandais Habyarimana, présenté mardi, oriente l'enquête vers des tirs de missile depuis le camp de Kanombe, alors aux mains de l'armée, mais ne désigne pas les auteurs possibles de cette attaque.

    Publié le 10/01/2012 Rwanda : nouvelle révélation dans l'élément déclencheur du génocide
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Par Léonard VINCENT le 09 mars 2004 à 17:39
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