© INTERNELe capitaine Juan Rodriguez Lozano a été fusillé en août 1936 à Puente Castro, dans la province de León, pour avoir refusé de s'associer aux généraux putschistes de Franco. Dans son testament, il a adjuré ses descendants de défendre sa mémoire. De son propre aveu, son petit-fils José Luis Rodriguez Zapatero a été durablement influencé par l'exhortation de son grand-père paternel.
L'homme naît le 4 août 1960 à Valladolid, dans le giron d'une grand-mère maternelle pédiatre qui veille personnellement à l'éducation de ses petits-enfants. A l'écart de l'Europe, l'Espagne vit sous l'étouffoir franquiste. Installé à León, le père juriste entretient sa famille dans la paix silencieuse de la classe moyenne, hantée seulement par le souvenir du capitaine insoumis. Après des études secondaires chez les Jésuites, José Luis entreprend de suivre le parcours de son père et de son frère aîné Juan en entamant des études de droit. Licencié en 1982 avec un mémoire sur le statut d'autonomie de la province de Castilla-y-León, il devient professeur associé en droit politique. Jusqu'en 1986, son salaire provient de l'université.
Benjamin du parlementOr, entre-temps, l'Espagne a accouché d'une démocratie, après quarante ans d'absolutisme militaro-ecclésiastique. Dès sa majorité, Zapatero s'engage en politique. Nimbé de l'héritage du grand-père fusillé et enflammé par les discours du leader socialiste Felipe Gonzalez, il est vite propulsé à la tête des jeunesses socialistes de sa ville. A peine diplômé, ce militant enthousiaste, adopté par les "historiques", intègre les comités dirigeants locaux du PSOE. Une ascension, appuyée sur sa convivialité et son énergie militante, qui le mène en 1986 jusqu'à une Chambre des députés que, depuis, il n'a plus quitté. Zapatero a été le plus jeune député de la jeune démocratie espagnole.
De commission en commission, il se bâtit une solide expérience législative. Parallèlement, il prend la tête du PSOE dans sa région familiale, ménageant les tensions entre les "barons" issus du syndicalisme ouvrier et la jeune garde de Felipe Gonzalez, alors Premier ministre. De mandat en mandat, Zapatero gravit les échelons du parti, jusqu'à atteindre son instance suprême, le Comité fédéral, en 1990. La même année est aussi celle de son mariage avec sa compagne de faculté, Sonsoles Espinosa, professeur de musique anticonformiste à qui, malgré son refus de se prêter à la parade médiatique, on prête une forte influence sur son jeune et beau mari.
Le "changement tranquille"
Mais les années 90 marquent pour le PSOE une période de plus en plus troublée. L'unité socialiste se fendille, l'économie s'enfonce, les scandales se multiplient. Le 20 juin 1997, Felipe Gonzalez renonce à la direction du PSOE. En 1996, la droite nationale de José Maria Aznar avait remporté les législatives et le parti socialiste avait commencé à éclater en courants antagonistes. Dans le maelström qu'est devenu l'appareil, Zapatero se maintient en équilibre, ne vilipendant ou n'adoubant personne, tout en réaffirmant son "respect" pour Felipe Gonzalez.
C'est le moment qu'il choisit pour présenter un programme d'unification du parti derrière l'idée d'une Nueva Vía ("Nouvelle voie"), plateforme sociale-libérale proposant un "changement tranquille, serein et discipliné" pour l'avenir, dans le cadre d'une "globalisation à visage humain". Et dans l'immédiat, un chantier d'opposition "socialement utile".
Inconnu du grand public, le jeune cadre aux yeux bleus distance pourtant ses trois concurrents lors des primaires. Plus étonnant, il fait plébisciter une équipe dirigeante dynamique et libérée de toute hypothèque par 90% des militants. Européen fédéraliste, opposé à la guerre en Irak, pragmatique porté sur l'écoute et le renouvellement des élites, il entend être un "instrument au service de la société". Pourtant, en 2002, certains caciques du PSOE lui reprochaient encore son optimisme : il venait de déclarer qu'une victoire socialistes aux législatives de 2004 était simplement "réalisable".
Photo : José Luis Rodriguez Zapatero lors d'un meeting à
San Sebastien, le 7 mars 2004 (Elena Martinez - AFP)
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