© ManreoLe président Yasser Arafat a indiqué mardi qu'il était prêt à intégrer le Hamas dans l'exécutif de l'Autorité palestinienne après le retrait de l'armée israélienne hors de la bande de Gaza. L'affaire ne fait, pour l'instant, guère de bruit. Il est vrai que, selon des sources au sein de l'Autorité autonome, ce geste politique risqué n'en est qu'au stade des pourparlers, le président Arafat s'efforçant de dessiner une structure politique capable de gérer la bande côtière après le départ des troupes israéliennes.
D'abord suggérée par Al Ayyam, un quotidien proche du Fatah, l'information a été confirmée par le principal intéressé. "Ma politique a toujours été basée sur le dialogue", s'est justifié le président Arafat mardi, avant d'indiquer au magazine allemand Focus : "Ils [le Hamas] ont été présents dès le début, même s'ils se sont plus tard éloignés." Perpétuant cette pratique du double langage que ses critiques ne cessent de lui reprocher, il a même déclaré qu'il existait une "grande différence" entre le fondateur et guide suprême du Hamas Ahmed Yassine, tué le mois dernier par l'armée israélienne, "un homme modéré qui cherchait la paix", et son successeur Abdelaziz Rantissi, accusé de n'être qu'un leader local.
De nouvelles règles
Mais, s'il ne réfute pas le principe de se joindre au gouvernement, le puissant mouvement politico-terroriste a d'ores et déjà posé ses conditions. Cheikh Saïd Siam, un cadre du fief intégriste de la ville de Gaza, a expliqué que la branche palestinienne des Frères musulmans ne se laisserait pas confiner dans un rôle symbolique. "Nous voulons un partenariat politique basé sur de nouvelles règles, a-t-il expliqué mardi, qui prenne en compte le poids de chacun des mouvements."
L'idée d'intégrer le Hamas dans l'exécutif palestinien n'est pas neuve, mais s'est toujours heurtée à la fois aux exigences de Yasser Arafat et de la direction du mouvement intégriste. D'un côté, le président de l'Autorité autonome — également chef historique du Fatah laïque et gauchisant — a toujours dit que le Hamas pouvait rejoindre la direction palestinienne au même titre et selon les mêmes modalités que les autres mouvements politiques. De l'autre, le Hamas — qui ne reconnaît pas les accords d'Oslo et, partant, la légitimité de l'Autorité palestinienne — a toujours insisté pour que sa présence dans un exécutif palestinien soit modelé sur sa très lourde influence dans la bande de Gaza.
Ostraciser, point final
Même si la presse israélienne se fait largement l'écho de ces débats interpalestiniens, le gouvernement Sharon n'a pas encore officiellement réagi. Mais à Washington, le ton est déjà à la mise en garde. "Notre point de vue, a déclaré à la presse le porte-parole adjoint du Département d'Etat, est que, loin d'être considéré comme bienvenu dans tout partenariat ou coopération, le Hamas devrait être frappé d'ostracisme et privé de tout pouvoir en tant qu'organisation."
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