Chypre : les peuples trancheront

Par Léonard VINCENT, le 01 avril 2004 à 10h20 , mis à jour le 01 avril 2004 à 14h20

Le plan de réunification rédigé par Kofi Annan sera soumis à un référendum des deux côtés de l'île le 24 avril prochain. Mais le dernier texte élaboré ne satisfait personne, sauf la Turquie.

Photo AFP © INTERNE

Faute de mieux, le sort du plan de l'ONU pour la réunification de Chypre a été placé entre les mains des peuples de l'île, au terme de neuf jours de pourparlers inféconds. Volontaire, le secrétaire général Kofi Annan avait réuni les Chypriotes grecs et turcs, encadrés par leurs tuteurs d'Athènes et d'Ankara, dans une station de ski suisse, afin qu'ils débattent de l'ultime version de son plan de paix avant l'entrée de la partie grecque dans l'Union européenne, le 1er mai prochain.

Lundi, Kofi Annan avait soumis aux parties un dernier texte que chacun devait amender. Les Chypriotes grecs et turcs avaient alors transmis leurs remarques et le secrétaire général avait rédigé un ultime document. La partie turque semblait satisfaite. Mais, entre autre, les Grecs se sont dit sidérés du fait que le plan Annan contrevenait totalement à la loi fondamentale de l'Union européenne : les Turcs obtenaient des dérogations permanentes aux principes du droit de propriété et de la libre circulation des personnes. Sur cette base théorique, mercredi, les ultimes négociations n'ont rien donné.

"Ce plan ou pas de plan du tout"

Du coup, peu avant minuit, dans une ambiance de lassitude, les parties ont fait savoir que les pourparlers étaient terminés et qu'un référendum sur la cinquième version du texte serait organisé le 24 avril dans l'ensemble de l'île, dans le pessimisme général. Néanmoins, Kofi Annan s'est voulu volontaire. "Soyons clair, a-t-il expliqué. Il ne s'agit pas de faire un choix entre ce plan de règlement et je ne sais quel autre plan magique ou mythique, mais entre ce plan ou pas de plan du tout." "Pour le bien de votre peuple, je vous demande instamment de ne pas refaire les mêmes erreurs", a-t-il lancé à l'adresse des dirigeants chypriotes.

Si les Etats-Unis et le Commissaire européen à l'Elargissement ont publiquement apporté leur soutien au plan et appelé les peuples à l'approuver, les principaux intéressés semblent ne pas croire aux chances du plan Annan. Seule la Turquie, dont le Premier ministre Erdogan s'est fortement impliqué dans le dossier chypriote, a savouré pour la première fois au plan international les délices d'avoir réussi à se faire entendre. "Je ne pouvais m'imaginer un résultat aussi formidable", a même glissé à l'AFP un responsable turc ayant participé aux discussions, alors que le candidature de son pays à l'accession européenne doit être examinée au mois de décembre.

"Rien à quoi dire oui"

C'est précisement ce que les Grecs ont trouvé insupportable, malgré les dénégations de l'équipe de Kofi Annan. La délégation d'Athènes et les Chypriotes-grecs, d'ordinaire plus flexibles, n'ont cessé de dénoncer les concessions faites par l'ONU aux plus rigides Chypriotes-turcs, qui rendaient le texte inacceptable. "Il incombe maintenant à la population de Chypre et à ses dirigeants politiques de prendre une décision finale, a toutefois expliqué le Premier ministre grec nouvellement élu, Costas Caramanlis. Je suis convaincu qu'ils le feront avec prudence, avec le sens des responsabilités et une vision à long terme."

Sur la même ligne, mais plus définitif, le vieux leader chypriote-turc Rauf Denktash a clairement fait état de ses doutes, malgré quelques "progrès" : "Dans sa forme actuelle, je ne vois rien à quoi dire oui", a expliqué jeudi l'homme sans qui depuis 1974 rien ne se fait dans la partie nord de l'île.

Photo : Kofi Annan entouré des délégations à Buergenstock,
dans le centre de la Suisse (Katia Christodoulou - AFP)

Par Léonard VINCENT le 01 avril 2004 à 10:20
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