Dutroux : les jurés s'opposent au président

Par F.A., avec AFP, le 21 avril 2004 à 16h34 , mis à jour le 21 avril 2004 à 16h58

Le jury de la cour d'assises d'Arlon reproche au président du tribunal d'avoir expédié les auditions de Laetitia et Sabine et de se pencher trop longtemps sur des détails.

procès dutroux cour d'assises © INTERNE

Une audition d'une heure pour Sabine Dardenne lundi, à peine quarante-cinq minutes mardi pour écouter Laetitia Delhez : c'en était trop pour les jurés du procès Dutroux, qui ont parfois l'impression que d'autres témoins sont invités à se répéter sur des points de détails parfois insignifiants. Ils ont donc fait fermement savoir qu'ils contestaient la manière dont le président Stéphane Goux gérait les débats.

A l'issue de l'audience de mardi, l'une des jurées, parlant au nom de ses pairs, s'est ainsi levée et a pris à la parole : "Nous sommes un jury populaire mais je pense que notre QI est loin d'être insuffisant. C'était l'occasion de le dire aujourd'hui parce qu'on sent que c'est très mal parti" a-t-elle expliqué. "Nous sommes frustrés de voir les journées se terminer à 200 à l'heure quand nous avons des témoins intéressants tandis que les enquêteurs nous répètent trop longtemps les mêmes choses" a-t-elle ajouté. Réponse embarrassée du président : "Je voulais seulement vous éviter de sièger trop longtemps". Il souligne qu'il s'efforce de terminer les auditions dans des délais raisonnables.

Sur le même registre, Jean-Denis Lejeune, le père de la petite Julie dont le corps avait été retrouvé à Sars-la-Buissière le 17 août 1996 avec celui de Mélissa Russo, est également excédé. Il reproche à Stéphane Goux de ne pas suffisamment interroger Marc Dutroux pour connaître le sort des deux fillettes, qui reste entouré de nombre de zones d'ombres. "M. Le président, n'est-il pas possible d'aller plus loin ?", a-t-il ainsi insisté lors de l'interrogatoire d'un témoin. "Puis-je vous demander d'être plus convaincant ? On tourne et on tourne et on n'aura pas de réponse avant la fin de ce procès."

L'alibi de Michel Nihoul


Après l'émotion de lundi et mardi, la cour d'assises d'Arlon a tenté ce mercredi de percer le mystère entourant le cas de Michel Nihoul, présenté comme le lien possible entre Marc Dutroux et un éventuel réseau pédophile. Au centre des auditions : l'alibi de l'ancien homme d'affaires lors de la période entourant le rapt de Laetitia Delhez. L'enquête a démontré que l'accusé avait eu à cette époque de nombreux contacts téléphoniques avec Marc Dutroux, officiellement pour faire réparer à bon compte sa voiture.

"Ce qui est extraordinaire, c'est que sur 450 000 pages de dossier d'instruction, rien ne nous permet de dire ce qu'a fait Michel Nihoul les 6, 7, 8 et 9 août 1996 dans la matinée", ont lancé les avocats de Laetitia Delhez, qui se disent persuadés que Nihoul et Dutroux faisaient partie du même "réseau polycriminel". Des propos balayés par le conseil de Nihoul pour qui les faits démontrent que "le jour de l'enlèvement, M. Nihoul était à Bruxelles".

(photo-archives : la cour d'assises d'Arlon)

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