© LCILors de son audition par la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 jeudi dernier, la conseillère du président pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, avait évoqué un document de travail daté du 6 août 2001 destiné à informer George Bush sur les activités d'Al-Qaïda en Amérique. Elle avait alors assuré que les informations concernaient le passé et n'étaient pas assez précises pour prévoir le lieu et les nature des attentats de 2001. Toutefois, la conseillère avait laissé échapper le titre peu ambigu de ce document, encourageant ses interrogateurs à demander la levée du secret défense sur ce mémo. Le titre ? "Ben Laden déterminé à frapper aux Etats-Unis"
La Maison blanche s'est pliée à cette demande samedi. On peut lire dans ce document datant de 2001: "Une source clandestine a dit en 1998 qu'une cellule de ben Laden à New York recrutait des Américains musulmans pour des attentats. Nous n'avons pas été en mesure de corroborer certaines des menaces les plus sensationnelles comme celle de [source censurée] en 1998 disant que ben Laden voulait détourner un avion américain pour obtenir la libération du 'cheikh aveugle' Omar Abd-Al-Rahman et d'autres extrémistes détenus aux Etats-Unis".
"Activités suspectes"
Les rédacteurs poursuivent : "Mais des informations du FBI depuis lors donnent des signes d'activités suspectes dans ce pays correspondant à des préparatifs de détournements et d'autres types d'attentats, y compris la surveillance de bâtiments fédéraux à New York". Le mémorandum fait encore état d'un appel téléphonique "reçu par notre ambassade dans les Emirats Arabes Unis en mai [2001] disant qu'un groupe ou des partisans de ben Laden se trouvent aux Etats-Unis et préparent des attentats à l'explosif". Enfin, le recrutement de jeunes musulmans new-yorkais par le réseau islamiste y est aussi mentionné.
Bush relativise
Ces détails placent l'administration Bush dans une position délicate à moins de sept mois de l'élection présidentielle de novembre prochain. Mais toute la difficulté, pour la commission, est de juger ces informations à l'aune de la situation en 2001 et non de la situation trois ans plus tard. La Maison blanche a d'ailleurs souligné en publiant le mémo que "ce PDB [briefing présidentiel quotidien] ne prévenait pas des attaques du 11 septembre" en particulier. La présidence reconnaît que "bien que le PDB faisait allusion à la possibilité de détournements d'avions, il ne parlait pas de la possibilité d'utiliser ces avions comme des armes".
Obligé de monter au créneau, George W. Bush souligne que "le document ne disait rien d'une attaque contre l'Amérique. Il parlait d'intentions et du fait que quelqu'un détestait l'Amérique. Cela nous le savions déjà". Un peu plus tôt, ses services avaient indiqué que le fait que ben Laden voulait commettre des attentats aux Etats-Unis "était publiquement bien connu" et que la plupart des informations du mémorandum "sont une analyse d'attentats terroristes commis précédemment par Al-Qaïda et un récapitulatif de discussions sur des informations générales sur les menaces remontant à la fin des années 1990". Pour Richard Clarke, l'ex-coordonnateur de l'antiterrorisme à la Maison blanche, il ne fait pas de doute que la présidence a négligé la menace posée par Al-Qaïda entre l'arrivée au pouvoir de George W. Bush en janvier 2001 et les attentats du 11 septembre.
(Image LCI : le mémorandum)
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