© INTERNEUn obus de char de l'armée israélienne a frappé mercredi après-midi une foule de protestataires qui s'avançaient sur une avenue du quartier de Tal el-Sultan, à Rafah, faisant au moins 10 morts et une soixantaine de blessés. Contrairement aux premières informations qui faisaient état d'un tir d'hélicoptère Apache, l'armée israélienne déclare à la mi-journée que des tankistes avaient ouvert le feu à l'arme automatique et tiré trois obus, alors que s'avançait une marche qui avait quitté la ville de Rafah et se dirigeait vers les positions israéliennes dans la zone des combats.
De même, le bilan des médias israéliens, oscillant entre 22 et 23 morts, est contesté par les médecins de Rafah, qui précisent toutefois qu'il devrait augmenter, étant donné l'état de certains blessés. "Nous ne pouvons pas faire face à la situation. Aucun hôpital au monde ne pourrait faire face", s'est insurgé dans Ha'aretz le porte-parole de l'hôpital de Rafah. La morgue est saturée et les cadavres ont dû être entreposés dans les chambres froides des commerces alentours. De nombreux lycéens feraient partie des victimes, selon les services hospitaliers de Rafah.
Des "regrets" du ministère de la Défense
Au nom du gouvernement israélien, à la tribune de la Knesset où les députés de gauche et Arabes israéliens sont venus exiger l'arrêt des combats. Le vice-ministre de la Défense Ze'ev Boïm a exprimé ses "regrets" pour la mort de nombreux innocents.
"Nous ne savons pas exactement dans quelles circonstances cela s'est déroulé. Une enquête est en cours. Nous savons qu'un hélicoptère a tiré un missile à titre d'avertissement dans un espace ouvert, alors qu'il y avait une manifestation dans le secteur. Si c'est le cas, nous serons en mesure de le prouver", a-t-il ajouté en allusion aux films généralement tournés par les aviateurs pendant leurs tirs. "Il se peut qu'il y ait eu un accident ou une erreur, et, si c'est le cas, nous ne le cacherons pas".Des sources militaires citées par Ha'aretz expliquent que les soldats israéliens avaient repéré des hommes en armes dans la manifestation et qu'ils avaient demandé à un hélicoptère d'envoyer un missile sur un terrain découvert à proximité, en guise d'avertissement. Alors que la manifestation approchait encore, un tank aurait alors tiré trois obus sur un immeuble abandonné. Un des obus aurait alors traversé les murs ou aurait dévié de sa course avant de frapper le cortège. Des officiers ont assuré que si l'enquête révélait qu'il y avait bien eu une bavure, une faute grave serait alors reconnue et l'opération en cours dans la bande de Gaza suspendue. En attendant, l'armée israélienne a indiqué qu'elle poursuivait l'opération de Rafah.
"Le temps qu'il faudra"
L'opération "Arc-en-ciel dans les nuages" dure depuis mardi à l'aube dans tout ce secteur isolé du reste de la bande de Gaza. La brigade Golani, une unité d'élite de l'infanterie, continuait mercredi soir de procéder à une fouille maison par maison du camp de réfugiés de Tal el-Sultan, dans le but de trouver et détruire les tunnels de contrebande servant à faire passer armes et explosifs depuis l'Egypte voisine. Mercredi soir, des témoins ont fait état de deux nouveaux tirs de missiles depuis un hélicoptère israélien à l'intérieur du camp de réfugié, sans préciser quelle était la cible visée, ni si ces tirs avaient fait des victimes.
L'UE fustige un "mépris irresponsable" |
Le ministre irlandais des Affaires étrangères Brian Cowen, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, a dénoncé mercredi le "mépris irresponsable" pour la vie humaine manifesté par les forces israéliennes lors de l’opération militaire à Rafah, une action selon lui "complètement disproportionnée par rapport à n'importe quelle menace dirigée contre l'armée israélienne". Le président américain George W. Bush a appelé pour sa part Palestiniens et Israéliens à la "retenue". Il a indiqué qu'il s'attendait à des "clarifications" des autorités israéliennes. L'Autorité palestinienne a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU, saisi par le groupe arabe, à prendre des décisions "fermes et strictes" à l'encontre d'Israël et a qualifié de "guerre" l'opération en cours.Entre-temps, le Premier ministre israélien a laissé entendre qu'il allait présenter un nouveau "plan de désengagement" dimanche à son gouvernement. Dans le nouveau projet d'évacuation "par étapes", qu'Ariel Sharon entendrait faire approuver avant la fin du mois, Israël raserait les infrastructures d'habitations avant de quitter la zone et ne laisserait intactes, aux Palestiniens, que les infrastructures industrielles. L'ambassadeur israélien en France a indiqué que ce projet pourrait faire appel à une force internationale. |
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