Des tractations pour sauver le plan Sharon

Par Léonard VINCENT, le 04 mai 2004 à 11h46 , mis à jour le 04 mai 2004 à 13h47

Le Premier ministre israélien tente encore de sortir de l'impasse son plan de désengagement, catégoriquement rejeté par son propre parti dimanche. Dans le même mouvement, il s'efforce aussi de sauver son gouvernement.

Photo : Tal COHEN (AFP) © INTERNE

Ariel Sharon consulte. Deux jours après que trois likoudnik sur cinq ont rejeté son plan de désengagement, le Premier ministre israélien s'efforce de trouver une sortie honorable à la sévère gifle que lui a infligé son parti, laquelle a provoqué une crise politique qui pourrait, selon certains, sonner le glas de la carrière politique de l'ancien général devenu chef de gouvernement.

Lundi, Ariel Sharon s'est présenté devant la faction Likoud du parlement, afin de l'informer des "quelques changements" qu'il entend apporter à son plan. Alors que le projet initial comprenait l'évacuation de 26 colonies, le nouveau projet pourrait réduire ce retrait à 5 implantations de la bande de Gaza (Kfar Darom, Netzarim, Morag) et du nord de la Cisjordanie (Ganim et Kadim).

Selon la presse israélienne, ses propres ministres auraient eut une réaction mitigée, estimant que, plus que le nombre de colonies évacuées, le problème était plutôt le fait qu'il ne s'agissait pas d'un accord négocié. De son côté, le Conseil représentatif des colons (Yesha) a continué à rejeter les idées d'Ariel Sharon, les qualifiant, comme depuis le début, de "prime au terrorisme".

Rassurer les centristes

Enfin, mardi, Ariel Sharon a eu un entretien avec son ministre de la Justice, Yossef Lapid, chef de file des centristes laïcs du Shinouï, afin de le rassurer sur le fait qu'il n'avait pas enterré son plan. Quelques députés du Shinouï avaient démandé à ce que le parti menace d'appeler, comme les travaillistes, à des élections anticipées si Ariel Sharon abandonnait son initiative. Tommy Lapid avait prévenu, avant son rendez-vous, qu'il ne pourrait rester au gouvernement si celui-ci renonçait à "promouvoir un processus politique en cédant à ceux qui refusent de donner la moindre chance à la paix". Au sortir de son entrevue, le chef du Shinouï s'est toutefois voulu rassurant, estimant que Sharon ne lui avait pas donné l'impression d'avoir "baissé les bras".

Reste au Premier ministre Sharon à convaincre les plus hésitants de ses ministres, notamment le chef de la diplomatie Silvan Shalom et son ministre des Finances et rival Benyamin Netanyahou. Et à consulter pour finir le chef de la gauche travailliste Shimon Peres, pour qui la seule alternative est désormais la dissolution du parlement et l'appel aux urnes du peuple israélien. Selon l'entourage d'Ariel Sharon cité par Radio Israël, le chef du gouvernement pourrait se résigner à des élections anticipées s'il s'apercevait qu'il n'est pas en mesure de prendre la moindre initiative.

Quoi qu'il en soit, à la demande de Yossef Lapid, le cabinet israélien évoquera le nouveau plan Sharon, dimanche, lors de sa réunion hebdomadaire.

Le "Quartette" doit aussi se prononcer

Le "Quartette" ONU-USA-Russie-UE doit se réunir plus tard dans la journée à New York et se prononcer sur la Feuille de route, laquelle semblait tombée en désuétude. Pour le négociateur palestinien Saëb Erekat, des "décisions significatives" devraient être annoncées à l'issue de cette réunion de Kofi Annan, Colin Powell, Sergueï Lavrov et Brian Cowen, chef de la diplomatie irlandaise dont le pays préside l'Union européenne jusqu'en juillet. Un brouillon de déclaration aurait même déjà été rédigé entre conseillers, tandis que des diplomates présents à New York cités par Ha'aretz estiment d'ores et déjà qu'il s'agit de la "plus importante réunion que le Quartette ait jamais tenu".

Par Léonard VINCENT le 04 mai 2004 à 11:46
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