© INTERNECôté pile, c’est une belle démonstration d’unité retrouvée. Oubliant semble-t-il ses divisions, l’Alliance atlantique a offert lundi une assistance limitée à l’Irak et promis sa "pleine coopération" aux autorités de ce pays. Le rôle – modeste – de l'Otan consistera à former les forces armées et de police irakiennes, selon des modalités qui restent encore à définir.
Côté face, les divergences demeurent, à peine masquées par la formulation volontairement vague de la déclaration de l’Otan. Et la crispation franco-américaine qui s’est faite jour sur le dossier irakien continue à transparaître. L’annonce du transfert du pouvoir au gouvernement intérimaire à Bagdad a pris le président français de court. Tony Blair avait été mis dans la confidence ; Jacques Chirac en avait été tenu à l’écart. Il n’en a pas moins célébré "l'esprit d'amitié et de fraternité" qui unit selon lui les membres de l'Alliance atlantique en dépit de leurs divergences sur le dossier irakien.
"Ce n'est pas opportun, ce ne serait pas compris"
Mais il n’a pas manqué de rappeler, dans une conférence de presse en marge du sommet d’Istanbul, la position française sur la situation en Irak. S’il s'est félicité du transfert de souveraineté, il a aussitôt rappelé que l'Otan n'a pas "vocation" à intervenir dans ce pays. "Ce n'est pas opportun, ce ne serait pas compris", a insisté le chef de l’Etat. Même tonalité dans l’intervention du chancelier allemand Gerhard Schröder, autre opposant farouche de l’intervention en Irak : il a jugé "satisfaisant" le "compromis" trouvé par l'Otan sur la formation des forces de sécurité irakiennes, a indiqué que l’Allemagne allait "mettre à disposition, dans la mesure du possible, des facilités d'entrainement de l'armée allemande", mais a répété qu'il n'entendait pas envoyer de soldats allemands en Irak.
La vision est bien sûr toute différente côté américain. Loin des commentaires officiels, un responsable américain, sous couvert de l'anonymat, a indiqué lundi que les Etats-Unis pressaient l'Otan de préparer des "options" permettant d'envisager un rôle militaire en Irak dépassant la simple formation des forces de sécurité et comprenant un éventuel déploiement d'unités de l'Alliance.
Autre point de friction franco-américaine en marge du sommet d’Istanbul, le soutien manifesté dimanche par George W. Bush à la candidature turque à l’entrée dans l’Union européenne. Une intervention qui a manifestement pris Jacques Chirac à rebrousse-poil. Interrogé sur ce point lors d’une conférence de presse, le président français a estimé que son homologue américain était allé "trop loin" et "sur un terrain qui n'est pas le sien". Pour Jacques Chirac, George W. Bush "n'avait aucune vocation à donner une obligation ou une voie quelconque à l'Union européenne. C'est comme si j'expliquais aux Etats-Unis la façon dont ils doivent gérer leurs relations avec le Mexique".
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