© INTERNELes partis d'extrême-droite poursuivent une inquiétante montée en puissance en Belgique, où se déroulaient ce dimanche les élections régionales en marge du scrutin européen. Avec plus de 24% des voix au Parlement régional, le Vlaams Blok est désormais la deuxième force politique en Flandre, la partie néerlandophone du pays, tandis que, du côté francophone, le Front national renaît. Le professeur Jean Beaufays, responsable du département de sciences politiques à l'Université de Liège, analyse cette percée.
tf1.fr : Comment analyser le vote pour le Vlaams Blok ? Est-ce avant tout un rejet de la politique des partis traditionnels ou est-ce un véritable vote d'adhésion à des idées ?
Jean Beaufays : Il faut abandonner la langue de bois, il s'agit bel et bien d'un vote d'adhésion à un idéal raciste et anti-démocratique qui tend à exclure toute personne qui ne se comporte pas en bon et pur Flamand de Flandre. Bien entendu, je n'exclus pas qu'il y ait une frange de cet électorat qui ait exprimé un vote de protestation ou de sanction contre la politique du gouvernement.
tf1.fr : Sur quel programme le Vlaams Blok a-t-il fait campagne ?
J.B. : Le "Blok" est un parti d'extrême-droite et un parti séparatiste. D'une part, il accuse les étrangers d'être responsables de l'insécurité de la rue et du chômage. Il prône également une politique de la famille très conservatrice, où la place de la femme est au foyer. D'autre part, il souhaite la destruction de la Belgique. Mais ce n'est pas cet aspect seul qui emporte l'adhésion des électeurs car ceux-ci pourraient trouver les volontés autonomistes chez d'autres partis flamands démocratiques.
tf1.fr : Ce parti est-il considéré comme fréquentable par les autres formations ?
J.B. : Quand un parti recueille un million de voix sur sept millions, quand il est le premier parti d'une ville comme Anvers et le deuxième dans beaucoup d'arrondissements, il est difficile de faire comme s'il n'existait pas, ne serait-ce qu'au sein de l'assemblée. Le président du premier parti flamand, les catholiques, a assuré qu'il n'était pas question de gouverner avec le "Blok".
tf1.fr : Côté francophone également, l'extrême droite réapparaît, notamment dans les grandes cités wallonnes comme Liège, Mons ou Charleroi. Faut-il faire la même analyse que pour la poussée du Vlaams Blok ?
J.B. : Clairement non. Le FN wallon n'a ni chef, ni programme. Il est né par mimétisme avec le FN en France dont les électeurs belges connaissent les positions grâce aux chaînes françaises très regardées en Belgique. A mon avis, il s'agit de personnes qui sont foncièrement d'extrême-droite et savent ce qu'elles font et non de pauvres égarés, comme feignent de le croire les partis traditionnels.
tf1.fr : Le scrutin consacre aussi le retour du parti catholique flamand, désormais première force politique avec 26% des voix. Or, les catholiques, alliés aux nationalistes du NVA, se sont radicalisés ces dernières années. Faut-il s'attendre à de nouvelles tensions entre les communautés francophones et néerlandophones ?
J.B. : Les partis démocratiques flamands vont demander aux francophones de leur donner satisfaction sur une série de revendications autonomistes pour couper l'herbe sous le pied du Vlaams Blok. Il faut s'attendre à une demande de modification de la frontière linguistique aux dépens de la région francophone bruxelloise. Ils pourraient également réclamer la scission de la Sécu en deux régimes, l'un pour les Francophones, l'autre pour les Néerlandophones. Enfin, les partis ont dans leurs cartons un projet de scission de l'appareil judiciaire. Il s'agirait d'abord de redessiner la carte judiciaire mais, à terme, ils pourraient réclamer deux législations différentes dans chaque régions. La loi autorise déjà des évolutions différentes du code pénal en Flandre et en Wallonie.
(Photo médiathèque de la Commission européenne)
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