© INTERNEEn avril 2002 à Jénine, une opération antiterroriste de grande envergure avait tout de suite viré à la guérilla urbaine. Les groupes armés palestiniens avaient attiré les Forces de défense israéliennes dans le dédale des ruelles. Le camp de réfugiés de cette grande ville du nord de la Cisjordanie avait alors été le théâtre d'une impitoyable bataille de rue qui avait duré douze jours. Dans les combats, 59 Palestiniens et 23 Israéliens avaient trouvé la mort. Tout un quartier avait été ravagé par les engins piégés, les mitraillettes et les grenades des uns, les tanks, les roquettes et les bulldozers des autres.
Environ deux mille habitants du camp s'étaient alors retrouvés sans logement. Jusqu'à ce que le Croissant rouge des Emirats arabes unis offrent 27 millions de dollars à l'agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, l'UNRWA, pour reconstruire le quartier détruit. Et aujourd'hui, l'opération, baptisée "Jenin Camp Rehabilitation Project" ("Projet de réhabilitation du camp de Jénine"), est en phase d'achèvement.
Déblayer "Ground zero"
Le chantier était colossal, car il a d'abord fallu déblayer la zone, truffée de munitions non explosées et de pièges explosifs. Une équipe de démineurs suédois s'est attelé à cette tâche ingrate, avant que les maçons et les architectes se mettent à leur tour au travail, dans un secteur considéré comme un fief islamiste, soumis aux fréquentes incursions militaires israéliennes.
A ce jour, 70 familles ont déjà pu retrouver un logement flambant neuf, dans des immeubles de couleur crème ou blancs, selon qu'ils ont été bâtis sur les lieux des plus importantes destructions, que les Palestiniens ont baptisé "Ground zero", ou, plus généralement, dans le nouveau quartier bâti par l'UNRWA. Une centaine de maisons ont été terminées, sur les 530 unités d'habitations prévues. L'ONU estime que le chantier devrait être terminé d'ici la fin de cet été. Détail un rien insolite : la plupart des familles qui avaient perdu leur logement avaient reçu du régime de Saddam Hussein, avant sa déchéance, une somme de 25.000 dollars américains, ce qui leur avaient permis d'acheter des meubles et des équipements neufs.
De la place pour les tanks
Mais ce chantier n'a pas été exempt d'incidents. Tragique, d'abord. Durant un échange de feu en novembre 2002, le Britannique Ian Hook, directeur du projet, a été tué par des balles israéliennes, alors qu'il s'efforçait apparemment de contenir des tireurs palestiniens hors de son QG. Politique, ensuite. Après d'âpres débats, l'UNRWA a pris la décision de réduire de 15% la taille de certaines maisons, de manière à élargir les routes et à permettre, en cas de future incursion, aux tanks israéliens de circuler sans endommager les immeubles. Du coup, une centaine de familles ont été logées dans de nouveaux immeubles construits pour eux hors du secteur. De nombreux habitants se sont opposés à cette décision, exigeant de l'ONU qu'elle reconstruise le quartier à l'identique, de manière à rendre aussi incommode qu'avant la circulation des chars israéliens.
"Nous avons perdu le droit au retour", s'est lamenté devant un journaliste de Ha'aretz un membre du comité du camp en contemplant les immeubles impeccables.
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