© INTERNEEn 1940, Léon Gautier, breton d’origine, rallie Londres et la France libre du Général de Gaulle. Très vite, sous les ordres du commandant Kieffer, il part à Achnacarry (Ecosse) pour suivre un entraînement intensif au sein de l’école des commandos. "C’était très dur, nous marchions pendant des heures avec des poids énormes sur le dos, on apprenait des techniques de combat et de survie. Ensuite, on a passé des semaines dans un camp situé au nord de Southampton. On apprenait les plans du débarquement. Tout était codé. Mais les Havrais qui étaient avec nous ont bien vite reconnu la Baie de seine. Du coup, on savait où on allait débarquer. Nous avons été priés de ne pas le divulguer aux Britanniques".
"Nous avons embarqué le 5 juin vers 17h30 pour rejoindre l’île de White, qui avait alors pour nom de code "Picadilly circus". Vers 22h30, nous avons fait route pour traverser la Manche ". Les 177 membres du commandos français étaient répartis sur deux barges, la 527 et la 523. "J’étais sur la 523. L’ambiance était très bonne. Enfin on rentrait chez nous ! Cela faisait quatre ans que j’attendais ce moment. On voulait en découdre, en finir avec la guerre. Quand on a vu l’armada qui se préparait à Picadilly circus, on a su qu’on ne pouvait pas perdre. Donc tout le monde allait bien, hormis ceux qui avaient le mal de mer, car les flots étaient déchaînés ! Pendant la traversée on a dormi comme on pouvait sur nos sacs à dos. Vers 5 heures du matin, on a eu le droit à une soupe auto-chauffante. Mais moi je n’en ai pas pris, c’était dégueulasse ! Vers 6 heures, on a commencé à apercevoir les côtes normandes à travers la brume. Pour nous ça a été une émotion forte".
Le Jour J
Arrivé sur le secteur de Sword Beach à 7h20, Léon et ses camarades ont sauté dans l’eau : " on en avait jusqu’à la poitrine, c’était difficile d’avancer, on avait des sacs de 35 kilos sur le dos ! Mais nous étions entraînés et nous avons couru et couru le plus rapidement possible. En face, les allemands tiraient sans ménagement à coup de canon et de mitrailleuse. Les camarades tombaient de partout tout autour, c’était un spectacle terrible. Mais on avait des consignes strictes à ce sujet là. On ne devait pas s’arrêter pour les copains qui tombaient, le service médical suivait derrière. Tout ce qu’on nous demandait, c’était d’arriver en haut de la plage". En quelques minutes, le commando Kieffer perd 25 % de ses effectifs, avec 10 morts et 36 blessés évacués. "On peut pas oublier ça, ca reste gravé dans l’esprit ", explique Léon Gautier avec pudeur.
Une fois à terre, chaque barge avait sa mission. "La 527 devait prendre ce que l’on appelait le Casino, mais qui était devenu une véritable forteresse avec quatre petits blockhaus dessus. Rien à voir avec ce que l’on nous a montré dans ‘le jour le plus long’. La 523, dans laquelle j’étais, avait pour mission de prendre toutes les défenses par l’intérieur, c’est-à-dire qu’on prenait les blockhaus à revers. On était d’une section de mitrailleuses. Ceux là ont beaucoup souffert. On a pris tous les blockaus à revers, jusqu’au Casino. De leur côté, les anglais ont libéré les écluses et le port. Ouistreham était libéré à 11h30.
Après avoir récupéré leurs sacs, laissés en haut de la plage, Léon Gautier et ses camarades rejoindront les parachutistes de la 82ème Division aéroportée américaine à hauteur de Pegasus brigde. Ensemble, ils prendront la route, direction Amfreville. " C’est là que nous avons commencé à construire nos tranchées. Ca a duré 78 jours, on a fini à Saint Maclou, au-dessus de Beuzeville ! ". Des 177 membres du commandos, il reste aujourd’hui 33 survivants. Léon Gautier réside aujourd’hui à Ouistreham, à quelques encablures de l’endroit où il débarqua. Une de ses fiertés est d’avoir un petit-fils membre des Fusiliers commando à Lorient.
Pour en savoir plus : l'historien George Fleury a retracé l'épopée du commando Kieffer dans Les Français du Jour J, publié aux éditions Perrin. L'ouvrage a reçu le prix de la Libération.
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