© INTERNELe tribunal spécial pour la Sierra Leone, chargé de juger les principaux responsables des atrocités commises durant la guerre civile qui a fait jusqu'à 200.000 morts, a ouvert la première audience de son histoire jeudi à Freetown, plus de deux ans après sa création. Le procès s'est ouvert en présence des trois premiers accusés, d'anciens chefs des milices pro-gouvernementales de chasseurs traditionnels Kamajor, dont l'ex-ministre Sam Hinga Norman. Fier et sûr de lui, il a créé la surprise dans l'après-midi en annonçant qu'il renvoyait ses avocats pour assurer seul sa défense. En réponse à cette annonce, quelques heures seulement après le début du procès, le juge Benjamin Itoe a ajourné les audiences jusqu'au mardi 8 juin.
Ce premier procès à risque fait figure d'examen de passage pour le tribunal spécial de Freetown, fruit en janvier 2002 d'un accord entre le gouvernement sierra-léonais et les Nations unies. En cas de succès, le tribunal international de Freetown, premier du genre à être situé en dehors de la juridiction de l'ONU et implanté dans le pays concerné, pourrait devenir un modèle pour d'autres conflits similaires.
Des chances d'acquittements
Sam Hinga Norman et ses co-accusés, Moinina Fofana et Allieu Kondewa sont encore considérés par de nombreux Sierra-Léonais comme des héros nationaux pour leur lutte sans merci contre les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) qui ont déclenché le conflit en 1991 et leur engagement aux côtés du président élu Ahmad Tejan Kabbah, toujours en fonction après sa réélection. Ils doivent pourtant répondre de huit chefs d'accusation, dont ceux de crimes de guerre et contre l'humanité. Les trois chefs des Forces de défense civile (CDF) sont également jugés pour le recrutement d'enfants soldats et des "mariages forcés", pratiques largement répandues chez toutes les factions sierra-léonaises et dans d'autres conflits en Afrique, mais qui n'ont jusqu'à présent jamais fait l'objet de poursuites devant un tribunal international.
Parmi les neuf accusés des différentes factions de la guerre civile en attente de jugement, les trois hommes jugés depuis jeudi sont pourtant, malgré les lourdes charges qui pèsent sur eux, ceux qui paraissent avoir le plus de chances d'être acquittés, ce qui complique encore la tâche du procureur David Crane.
Trois anciens chefs du RUF doivent cependant être jugés par le tribunal à partir du 5 juillet. Mais après la mort en détention du fondateur du RUF, Foday Sankoh, et celle au Liberia voisin de son tristement célèbre lieutenant, Sam Bockarie, maître d'oeuvre de la campagne de terreur au cours de laquelle des milliers de civils ont été mutilés, la cour devra se contenter de poursuivre des "seconds couteaux".
Sans Taylor, ni Koroma |
Autre sujet de polémique, deux des principaux responsables du conflit qui a dévasté la Sierra Leone sont en fuite malgré leur inculpation par le tribunal spécial et devraient échapper à cette première série de procès. Johnny Paul Koroma, ancien chef de la junte qui avait renversé le président Kabbah en 1997, s'est échappé en décembre 2002, bien avant son inculpation officielle, et s'est vraisemblablement réfugié hors du pays. Quant à l'ex-président liberien Charles Taylor, considéré comme le parrain et le financier du RUF, il est en exil au Nigeria depuis sa chute en août 2003. En dépit du mandat d'arrêt international dont Taylor fait l'objet, le président nigérian Obasanjo a affirmé qu'il ne le livrerait pas au tribunal de Freetown mais qu'il répondrait favorablement à toute demande d'extradition de la justice du Liberia. |
Photo : Un enfant soldat issu des rangs des chasseurs Kamajors, en mai 2000 à Masiaka (Issouf Sanogo - AFP)
Sierra Leone : l'ancien président libérien Charles Taylor condamné
Reconnu coupable jeudi de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre entre 1996 et 2002 par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), l'ancien président du Liberia est le premier ex-chef d'Etat condamné par la justice internationale depuis Nuremberg.
Publié le 26/04/2012
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Sierra Leone : l'ancien président libérien Charles Taylor condamné
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