"Aliya" collective pour 200 Français

Par Léonard VINCENT, le 28 juillet 2004 à 16h46 , mis à jour le 28 juillet 2004 à 21h55

Un vol spécial de nouveaux immigrants français est arrivé mercredi en Israël. Ceux-ci ont été reçus en grande pompe par Ariel Sharon, qui en a profité pour rendre un hommage appuyé à l'action de Jacques Chirac contre l'antisémitisme.

AFP © INTERNE

Ariel Sharon a participé à la cérémonie d'accueil de 200 immigrants juifs français mercredi soir à l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, dix jours après qu'il eut appelé la communauté juive de France à venir s'installer en masse en Israël. Et pour bien montrer que sa participation n'avait rien à voir avec la violente brouille qui l'avait alors publiquement opposé à Jacques Chirac, le premier ministre israélien a fait l'éloge de la lutte contre l'antisémitisme menée par le président français. "Nous sommes témoins ces dernières années d'une recrudescence de l'antisémitisme et nous éprouvons une profonde estime pour la mobilisation de Jacques Chirac et de son gouvernement", a affirmé Ariel Sharon dans son discours de bienvenue. Tout en s'efforçant "d'établir une distinction entre la lutte contre l'antisémitisme et l'encouragement à l'immigration (en Israël). Les juifs doivent venir s'installer ici, car c'est leur patrie et non pas pour fuir l'antisémitisme". 

D'autres personnalités majeures d'Israël ont assisté au débarquement en grande pompe des nouveaux Israéliens du vol d'El Al spécialement affrété par l'Agence juive. Plusieurs ministres, le chef de l'opposition travailliste Shimon Peres, toujours à cheval sur "l'unité nationale", ainsi que le président de l'Agence juive Salaï Meridor, étaient présents. L'objectif, selon les dires de ce dernier, étant de "donner aux immigrants le sentiment qu'ils sont les bienvenus, et qu'ils sont importants pour nous".

Un nouveau programme

Tout en assurant que le Premier ministre participe souvent aux cérémonies d'accueil des Juifs de la Diaspora faisant leur "aliya", un membre de l'équipe Sharon a expliqué au Jerusalem Post qu'Ariel Sharon avait en outre "souvent répété qu'il considérait l'immigration comme une mission stratégique du gouvernement". La question démographique est en effet au cœur du questionnement de la scène politique israélienne : la croissance de la population arabe de l'ancienne Palestine — et donc, par conséquent, du nombre de citoyens israéliens musulmans et chrétiens — est de loin supérieure à celle de la population juive. Intellectuels et politiques s'interrogent donc depuis plusieurs années sur la pérennité du caractère juif de l'Etat d'Israël dans ces conditions.

L'une des conséquences a été la mise en place d'un nouveau programme d'immigration par le ministère de l'Absorption, dont une centaine des immigrants français de mercredi sont "les pionniers". Ce programme, baptisé "Aliya Kehilatit" ("Montée en communauté"), accorde des avantages plus intéressants pour leur installation en Israël à des communautés professionnelles. Le porte-parole du ministère de l'Absorption avait cité comme exemple le fait que des avocats français pouvaient immigrer en même temps, ce qui leur permettait, entre autres privilèges par rapport à un individu isolé, de toucher 400 dollars de plus d'allocations par enfant, recevoir 200 heures de cours d'hébreu supplémentaires et être mieux aidés pour trouver un logement, une école ou fonder une entreprise.

La France, source d'avenir

Dans ce contexte, le gouvernement Sharon a intérêt à favoriser l'immigration française, qui reste modeste, étant donné, entre autres, le très mauvais climat économique et politique qui prévaut en Israël depuis 2000 (lire encadré ci-dessous). D'autant que la presse israélienne a fait ses choux-gras, ces derniers mois, des échecs et des déceptions des nouveaux Israéliens en provenance de France, fuyant avec amertume un pays qu'ils aimaient pour un pays où ils avaient placé, peut-être un peu rapidement, tous leurs espoirs. Les Juifs français sont donc une communauté où n'importe quel gouvernement israélien, à la recherche de nouveaux citoyens enthousiastes et, si possible, qualifiés, pourrait trouver son bonheur.

Une immigration en baisse

L'immigration en provenance de la France, qui reste modeste, a fortement augmenté en 2002 par rapport à 2001, mais a stagné en 2003 avec environ 2.100 nouveaux arrivants en Israël. L'Agence juive s'attend à une augmentation du nombre d'immigrants en 2004, escomptant 2.500 arrivées. De façon générale, l'immigration juive en Israël a fortement baissé ces dernières années. En 2003, seuls 24.000 immigrants, dont la moitié venant de l'ex-URSS, se sont installés en Israël. En 2002, on en comptait 35.000, 44.000 en 2001 et 60.000 en 2000. Le chiffre de 2002 était déjà le plus bas depuis le début de la vague d'immigration en provenance de l'ex-URSS, en 1990. La baisse s'est encore accentuée cette année où l'on a enregistré la venue de 9.000 immigrants au cours des six premiers mois.

Photo : L'un des immigrants français à Roissy devant le tableau des départs (Stéphane de Sakutin - AFP)

Par Léonard VINCENT le 28 juillet 2004 à 16:46
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